CENI : QUI NE REGRETTERA PAS MALUMALU ?

Abbé Malu Malu La Commission Electorale Nationale Indépendante(CENI) remplacera bientôt la Commission Electorale Indépendante(CEI). A peine a-t-elle été promulguée par le Président de la république qu’elle peine à être constituée. Les politiciens qui doivent désigner ses membres tergiversent et s’arrachent les cheveux pour les dénicher. Ils triment à trouver sept hommes et femmes neutres, intègres, immaculés et crédibles autour desquels ils doivent établir un consensus avec leurs adversaires politiques. En excluant la société civile de leur CENI, ils pensaient bien faire en la politisant à outrance, comme s’ils voulaient la rendre manipulable, sans arbitre apolitique ; ce qui est naturellement dangereux pour le processus électoral et pour la démocratie. Demeurés sourds aux souhaits du Senat et aux appels de la société civile, nos politiciens, en effet, semblent, déjà, pris dans leur propre piège.

Pendant qu’on cherche les oiseaux rares de la future CENI, une contradiction pragmatique, indigne de l’élite politique d’un pays comme le nôtre, alimente une vaine polémique. Il s’agit d’un tollé, suscité par la publication par la CEI du calendrier électoral. Une partie de la classe politique congolaise crie à l’illégalité, à la violation de la Constitution qu’elle considère flagrante. Du coup, elle tire à boulets rouges sur Malumalu, son président. Elle prononce des anathèmes et des jurons. Les injures y passent. Globalement, ces délateurs accusent la CEI, réputée démissionnaire depuis la promulgation par le Président de la république de la loi sur la CENI, d’outrepasser ses compétences ; elle qui, disent ils, ne doit désormais qu’expédier les affaires courantes. Etrangement, faisant fi du principe de continuité dans une institution publique, ces mêmes personnes acceptent, avec sourire aux lèvres, que la CEI s’occupe, à bon droit, de la révision du fichier électoral et du déploiement du kit électoral. Grave contradiction hélas.

Quant à l’Abbé Malumalu, que la Communauté internationale et une bonne partie d’hommes politiques honnêtes félicitent pour son bon travail technique, il ne fait l’ombre d’aucun doute qu’il va bientôt finir son mandat et se consacrer à son ministère sacerdotal. Il a déjà dit mille fois qu’il n’entrerait pas à la CENI, sous aucun prétexte, mais on ne cesse de lui poser la question s’il pense continuer. De toute manière, quoiqu’en pensent certains congolais, il va rendre le tablier. Il s’en ira, tête haute, tel un soldat qui revient du front après une rude bataille gagnée. Même si la RD Congo ne l’a pas encore récompensé officiellement, il partira auréolé de plusieurs prix prestigieux lui octroyés par des institutions de grande valeur, comme l’avait prédit quelqu’un avant que tout ceci n’arrive.

Mais ce n’est pas tout. Il va partir avec un cœur plein de souvenirs, bons comme mauvais. A l’instar d’un prélat qui avait été remercié en monnaie de signe après avoir servi la nation, avec compétence et abnégation, pendant que celle-ci planait sur un volcan, Malumalu, lui aussi, retient beaucoup de choses de notre classe politique et de notre peuple. Du monde politique, il ne manquera pas de retenir qu’il n’est pas fait pour nous autres, clercs, comme l’enseigne l’Eglise. C’est un monde plein d’intrigues, de combines, de coups bas, de compétition déloyale, de luttes de positionnement, de cupidité, etc, allant parfois jusqu’à sacrifier les intérêts du peuple. Les hommes et femmes honnêtes n’y manquent certes pas. Mais ils sont rares, minoritaires et, très souvent, sans voix au chapitre. Malumalu aura aussi retenu qu’à trop semer pour servir un peuple longtemps écrasé par une dictature féroce et lorsqu’on se sacrifie pour aider une classe politique corrompue, on récolte la déception et l’ingratitude. En termes simples, il n’y a pas de cadeaux en politique. L’auteur anglais George Meredith(1828-1909) eut raison de dire qu’ « En art, comme en politique, les imbéciles sont un obstacle plus gênant que les morts : on a plus de peine à se frayer un chemin à travers leurs rangs » (Les comédiens tragiques, Id, IV). Des médias, du moins ceux qui font la pluie et le beau temps à Kinshasa, il retiendra que la diffamation, les accusations faciles, le cynisme, l’inexactitude, la calomnie, la vente des illusions, etc., ne cohabitent pas avec la vérité. Le souci de la vérité et le patriotisme sont, chez eux, encore à conquérir.

Abbé Malu Malu L’itinéraire de l’Abbé Malumalu dans ce panier de crabes est plein de leçons pour les Eglises et, en général, pour les confessions religieuses. Il serait bête de ne pas en tirer les conséquences. Tenez. Quand, en dehors des affaires spirituelles, les politiciens congolais lorgnent ou adulent un « homme de Dieu », il y a beaucoup de chance qu’ils cherchent à se servir de lui pour calmer une tempête et, aussitôt après, faire prévaloir leurs intérêts. Quand on vous invite à arbitrer leurs querelles, ô serviteurs de Dieu, dites, comme Jésus : « Homme, qui m’a établi pour être votre juge ou régler vos partages ? »(Lc 12, 14 ). Eminences, Excellences, Révérends Pasteurs, illustres prophètes ou je ne sais quoi encore…en vos qualités et titres respectifs, vous voilà prévenus. Faites erreur d’entrer à la CENI, vous en aurez pour votre compte ! Il y a une certitude que je partage entièrement : personne au monde n’est irremplaçable. Toutefois, au regard des remous qui précèdent la mise en place de la CENI, un fait têtu me semble vrai : on regrettera bientôt Malumalu, fût-ce pour son expertise, sa franchise, son sang-froid, son expérience, sa persévérance, sa capacité de négocier les virages les plus compliqués, sa sincérité, son sourire angélique et son patriotisme. Je plains la personne qui dirigera la CENI. Elle doit déjà préparer son martyre, s’armer de patience et de beaucoup d’énergies avant le calvaire. Sans vouloir faire le prophète ni jouer au pessimisme, je crois que les Congolais doivent s’apprêter à vivre les spectacles de démissions, de désaveux et de biens d’autres surprises désagréables à la CENI. « Wait and see » disent les Anglais.

Clerc untel