Combattre vigoureusement le viol: une tâche pour tous

la femme déshonorée Le viol, cette barbarie aveugle, est à combattre vigoureusement partout et par tous. Pour être efficace, cette lutte doit s’orienter non seulement vers les effets, mais aussi et surtout vers les causes qui engendrent cette barbarie. Il existe plusieurs causes favorisant le viol sur le sol congolais. En dehors des zones de conflits, nous en retenons trois qui, à notre humble avis, peuvent être considérées comme principales : la pauvreté, la croyance et la culture. Nous en voudrions pour preuve les quelques faits observés suivants :

1° La pauvreté

Nul ne l’ignore, la population congolaise vit dans une pauvreté indescriptible dépassant le seuil du tolérable. Dans cette fournaise de misère, c’est chacun qui se bat comme un diable dans un bénitier pour se tirer d’affaire. Tel est le cas de ces femmes vivant à Kinshasa qui, pour la survie de leurs familles, vendent du pain le long des grandes artères de la ville, proches des boulangeries qui leur fournissent ce produit. Pour s’en rendre compte, il suffit de passer par le boulevard triomphal ou par l’avenue Kasavubu. C’est au-delà de 23 heures que ces femmes rentrent chez elles, faisant face à toutes les difficultés de transport qu’on connaît dans cette ville-province. D’autres quittent leurs maisons entre 3 heures et 4 heures du matin pour aller payer du pain, les légumes ou autres articles afin de les revendre aux premières heures de la journée. Ces sorties matinales et ces rentrées tardives exposent ces braves femmes à la barbarie des violeurs. Ces « prédateurs » profitent des l’obscurité de certains coins de la ville pour commettre leur forfait ou enlèvent ces pauvres femmes.

Dans cette misère du congolais, il n’est pas facile de se trouver un logement décent dans nos villes. Dans certains quartiers populaires, nombreuses familles vivent dans une promiscuité inexprimable. En effet, on trouve différentes familles vivant dans une même maison ayant des rideaux pour murs séparant les chambres. Filles et garçons dorment presque ensemble, et le matin ils font la queue pour leur toilette. Ce mode de vie brise l’intimité et diminue le sens de la pudeur. Cette baisse du sens de jugement moral est une terre fertile pour le viol. Quant aux jeunes désœuvrés, ils passent leur temps dans la rue sans travailler. Ils ont comme activité principale contempler à longueur de journée des chinois travaillant sur des chantiers, se livrer à des discussions oiseuses, jouer aux dames, consommer de l’alcool et la drogue. Ces jeunes deviennent ainsi délinquants et peuvent violer sans scrupule. Ces groupes de gangs sont souvent auteurs des viols collectifs. Pour eux, le viol est un signe de virilité et il est fortement lié à la volonté d’être tenu en haute estime. Ils estiment que cette barbarie est légitime en ceci qu’elle décourage ou punit des comportements jugés indécents chez les femmes, par exemple le port des jupes courtes ou de fréquenter les bars. Dans nos villages, les femmes victimes sont souvent violées dans leurs activités quotidiennes. Pour certaines d’entre elles, ce triste sort leur arrive quand elles vont puiser de l’eau à la rivière située à une bonne distance de leurs habitations en passant par la brousse. Par ailleurs, c’est dans cette même rivière qu’elles trempent le manioc devant servir de nourriture. Avant de ramener ce produit à la maison, il faut le nettoyer en brousse, un exercice qui dure quelques heures. Pour d’autres, c’est quand elles vont ramasser ou couper du bois pour préparer la nourriture. Elles sont isolées, seules dans la savane, et courent ainsi le risque de tomber dans les mains des barbares. Il n’est un secret pour personne, la pauvreté déstabilise la famille. Les parents ne savent plus surveiller leurs enfants, car ils sont toujours partis à la recherche des moyens de survie pour leur progéniture. A ce sujet, plusieurs enquêtes sur le terrain montrent que les mineurs sont souvent victimes de viol faute de surveillance de leurs parents. Il est vraiment dommage que la jeunesse, espoir de demain, soit exposée aux « loups » qui peuvent la dévorer sans pitié. De toutes les façons, cette liste n’est pas exhaustive. Il y a bien d’autres cas liés à la pauvreté où cette barbarie se produit.

2° La croyance

La femme désacralisée Dans certains cas le viol est dû à une croyance ambigüe. Ceci est fréquent dans le viol sur les femmes vierges et sur les jeunes garçons. Selon une certaine croyance, il faut avoir des rapports sexuels avec une vierge ou un jeune garçon pour être guéri du sida par exemple. Cet irrationnel expose ces vierges et ces garçons au viol et au VIH. Sur le plan scientifique, il est établi que jusque là il n’existe aucun produit pouvant guérir de ce virus. Certaines gens, on ne sait par quel type de croyance, se tournent vers l’irrationnel déshumanisant. Certaines personnes, joignant la pauvreté à la croyance, vont trouver des féticheurs qui leur promettent la richesse. Tel est le cas de certains creuseurs de minerais qui, avides de trouver une bonne quantité de pierres précieuses dans un temps record, vont trouver des féticheurs qui leur donnent comme condition avoir des rapports sexuels avec une fille vierge ou un garçon afin d’« accroître » la chance de s’enrichir. En retour, ces creuseurs artisanaux versent quelques billets de banque chez leurs féticheurs pauvres, mais promettant la richesse aux autres. Ou encore ces personnes héritières des fétiches de leurs parents pour devenir riches et qui sont obligées d’avoir des rapports sexuels avec des filles mineures et vierges ou des jeunes garçons. Certains parents, au nom d’une certaine interprétation de la miséricorde divine, obligent les victimes de pardonner à leurs bourreaux et de ne pas porter l’affaire en justice comme si les deux, pardon et justice, étaient en contradiction.

3° La culture

Dans certaines cultures de la RD Congo, la famille de la victime et celle de son bourreau préfèrent un arrangement à l’amiable, la première recevant de la seconde un prix de dédommagement prévu par la culture. Les parents en jouissent pendant que la victime ne reçoit aucune réparation et l’auteur-barbare reste impuni. Il trouve son forfait légitime et se croit libre de continuer sa salle besogne. Car il n’a subi aucune sanction exemplaire. Qu’on se mette à la place de la victime : qui de ces « décideurs familiaux » accepterait-il qu’on le viole et que les autres décident à sa place en recevant des peaux de vin ? D’autres familles obligent la victime à épouser son agresseur, la rendant ainsi une violée à perpétuité. Cette pratique encourage des brigands à violer pour épouser leurs victimes sans consentement. Que les décideurs familiaux y réfléchissent : accepteraient-ils à leur tour d’être des esclaves à vie ? Pourquoi donc charger ce joug sur les épaules d’une personne sans défense et craignant de porter sur elle une « malédiction » au cas où elle refusait d’épouser son fossoyeur lui imposé en mariage? Comme on peut le constater, les facteurs pouvant favoriser le viol sont multiples et multidimensionnels. Pour combattre vigoureusement cette barbarie, il faut une lutte multisectorielle où chacun apporterait sa pierre de construction. La RD Congo ayant atteint le point d’achèvement de l’initiative en faveur des « Pays Pauvres Très endettés » (PPTE), il est urgent que ses dirigeants travaillent à l’amélioration du social du peuple congolais afin d’éloigner les frontières de la pauvreté qui est un facteur non négligeable dans le phénomène du viol. La croyance erronée ainsi que certains éléments de culture doivent être purifiés par la lumière évangélique. Notre beau pays ne souffre pas de la sécularisation comme en Occident. Son virus est celui d’une certaine croyance erronée. C’est ici le lieu de souligner le rôle que doivent jouer ceux qui ont la charge de conduire le peuple sur le plan spirituel. Ils ont la tâche de transmettre la Bonne Nouvelle du Salut. Et pour cela, eux-mêmes doivent être bien formés. Car en effet, il faut arriver à concilier la foi et la raison afin d’éviter l’irrationnel obscurantiste et déshumanisant. Sans une lutte pluridisciplinaire et multidimensionnelle s’attaquant aux facteurs favorisant le viol, ce combat sera comme un placebo administré à un patient souffrant du paludisme.

Abbé François YUMBA

Université Catholique du Congo/Kinshasa