JUSTICE ET PAIX

CŒURS FANATIQUES, S’ABSTENIR…

Il y a des réalités, dans notre cher et beau pays, la RD Congo, que l’on ne saurait escamoter, en cette année électorale, mais que les bonnes âmes fanatiques, hantées par le pouvoir et la puissance de l’argent, ne sauraient cependant supporter d’entendre. Ces réalités illustrent que notre démocratie est encore fragile, boiteuse et à purifier. Evoquer ces réalités ne signifie pas nier tous les acquis et les avancées gagnés jusqu’à présent. Il s’agit, par contre, d’attirer l’attention des élus de demain sur certaines urgences constituant, chez nous, les indicateurs de la démocratie et du développement. Il est également question de prêter oreille à ce que les gens d’ici et ceux d’autres horizons disent, à tort ou à raison, de notre pays.

Les aéroports internationaux, sombres miroirs de la nation

Les ports et aéroports internationaux, tout comme les ports et les postes douaniers frontaliers, sont les miroirs des nations. Ceci est vrai partout. Ils constituent le premier contact avec le pays qu’on visite, le reflet de ce qu’est ce pays. Chez nous, depuis l’époque de Mobutu, les aéroports internationaux sont des sombres miroirs de la nation. Il est bien dommage que les dirigeants actuels n’aient pas encore réussi, jusqu’à présent, à changer cette image ignominieuse qui n’honore point notre pays. Il s’agit des indélicatesses imputables à la négligence, à l’irresponsabilité et au pis aller qui ont élu domicile chez nous. Ndjili, à Kinshasa, est un cas de figure. La première des indélicatesses frappante est le nombre effrayant de prétendus agents sur le tarmac. On ignore ce qu’ils font là, si nombreux comme si on était dans un Etat en état d’urgence. Leur présence ne sécurise pas les passagers, surtout les étrangers qui arrivent pour la première fois dans notre pays. Deuxièmement, l’armée des agents dits de sécurité frontalière (DGM, ANR, policiers, soldats armés et consorts) ne rassure personne. Au contraire, cette cohorte d’agents intimide les paisibles voyageurs. Très souvent, l’accueil que cette catégorie d’agents réserve aux arrivants est fort peu amical. La courtoisie et la délicatesse ne sont pas toujours au rendez-vous. Dans le hall de contrôle d’identités, il y a un tel va et vient des personnes difficiles à identifier que les voyageurs ne se sentent pas en sécurité. Des prétendus commissionnaires abordent, sans gêne, les expatriés blancs pour leur proposer d’obscurs services pour faciliter les démarches à l’immigration, jusqu’à la sortie de l’aérogare. En échange, ils les taxent très cher. Signalons en passant la patience imposée aux voyageurs et la bousculade au comptoir de retrait de bagages. Tout cela se passe dans des salles couvertes de crasse et envahies par des odeurs nauséabondes provenant des installations sanitaires bouchées depuis la fin de la colonisation belge. Pour finir, un transport public commode pour gagner le centre ville n’existe pas. Il faut se débrouiller. Dans un pays à vocation touristique qui, par surcroît, dit vouloir améliorer le climat des affaires et attirer les investisseurs, pareille image n’est guère élogieuse. Il faut que ça change.

Dans les lunettes des autres : les points qui fâchent

Les autres, c’est-à-dire la communauté internationale, nos partenaires bilatéraux, les institutions et les ONG internationales, nous regardent depuis que nous avons voté. En réalité, eux, et leurs médias qui dominent le monde, se sont octroyé un droit sur nous, celui de nous surveiller et de nous évaluer, en matière de démocratie et de développement. Sans le dire ouvertement, ils se croient investis d’une mission naturelle de nous regarder avec leurs lunettes, très souvent en mesurant leurs intérêts économiques dans notre pays. Ils bénéficient du concours et de la complicité des ambassades, des missionnaires, des hommes d’affaires de leurs pays, des ONG congolaises des droits de l’homme ou de développement, de l’opposition politique. Qu’on le veuille ou pas, ils suivent tout ce qui se passe, se fait et se dit dans notre pays. Il s’agit, en réalité, d’un espionnage qui ne dit pas son nom, mais qui tend à être toléré. Ce qu’ils disent ne manque pas parfois de fondement. Notre pays, en effet, n’est pas un paradis d’enfants de cœur. On le sait. Mais il reste à savoir si ce qu’ils disent de notre pays est dans notre intérêt ou dans le leur propre. Appelons ça les « points qui fâchent ».

Les assassinats ou le harcèlement de journalistes, de militants des droits de l’homme ou d’opposants constituent le premier point qui fâche. Quand bien même ces faits ne sont pas à généraliser ou ne sont pas attribuables aux hommes qui sont au pouvoir, ils fâchent. Les « autres » attendent que le Gouvernement démontre sa bonne foi de les combattre. Quand manque cette bonne foi, on lui attribue automatiquement ces forfaits et on le qualifie d’incapables. C’est aussi simple que ça. Dans le lot du deuxième point qui fâche se retrouvent les arrestations arbitraires et les intimidations d’opposants politiques ou de personnes estimées comme telles, le manque d’accès des opposants aux médias publics, la confiscation du droit de manifester, les faveurs accordées aux proches et à la famille politique régnante, le clientélisme et la corruption. Dans les lunettes des autres, le Congo apparaît comme un pays où les libertés citoyennes sont limitées. Rien à redire. Troisièmement, les « autres » trouvent que les violations des droits de l’homme sont massives en RD Congo. Un rapport, toujours alarmant, est publié chaque année sur l’état des droits humains chez nous. Les viols, les actes barbares commis par les rebellions de l’Est du pays et les autres entraves à la dignité de la personne humaine commises par les forces de sécurité y figurent pêle-mêle. Et ça, ça fâche. L’action contre le Bundu dia Kongo dans le Bas-Congo, l’offensive contre les rebelles enyele ou contre les maï-maï de je ne sais quelle tendance, etc, sont examinées avec une certaine logique, propre à eux, que le Congolais moyen ne comprend pas aisément. Quatrièmement, les « autres » s’indignent contre la corruption, l’opacité dans la gestion des deniers publics, l’incapacité des gouvernants à combattre la misère et la pauvreté qui minent la majorité de la population. Ils déplorent la faiblesse de l’autorité de l’Etat, l’arbitraire dans les mesures économiques et le désordre entretenu dans la gestion des ressources naturelles. Ils se rendent compte que la fraude minière et la contrebande ne sont pas suffisamment combattues. Ils dénoncent le déséquilibre criant entre les salaires des gouvernants, des élus, des mandataires de l’Etat dans les entreprises et ceux des enseignants, des fonctionnaires de l’Etat, des militaires, des policiers ou des professionnels de la santé. Malgré les Cinq chantiers, les « autres » déplorent l’absence des choix économiques prioritaires, essentiellement basés sur la production et émanant de la valorisation des potentialités de nos ressources naturelles. Cinquièmement, les « autres » s’insurgent contre l’arrivée remarquable des Chinois dans notre pays et contre la signature des contrats complaisants avec eux. La concurrence foudroyante de ce nouveau partenaire de la RD Congo qu’est la Chine les fâche. Ils somment le Chine d’ouvrir les yeux sur les droits humains et craignent, avec raison, que sa présence dans un pays comme le nôtre ne les fasse oublier, pour de bon. Ils prétendent que ses largesses ne puissent affoler l’économie d’un pays si avide de liquidités. Ils oublient du coup qu’à côté de la Chine, qu’eux-mêmes courtisent sans gêne, il y a deux autres géants du monde émergent : l’Inde et le Brésil. Ils oublient surtout qu’un Etat souverain a le droit de fréquenter qui il veut, comme il veut et quand il veut, au profit des intérêts de son peuple. Eux, les champions du droit, nous renient ce droit, comme si nous étions à l’âge de la colonisation.

En guise de conclusion

Considérant ces points qui fâchent, certains partenaires multiplient les oukases dans les cabinets de nos dirigeants, comme à l’époque de leur bon élève Mobutu. Ils recommandent et ordonnent, par le FMI et la Banque mondiale interposés. Certains choisissent de crier au retour de la dictature ou en tout cas à l’enlisement de la démocratie. Ils oublient leurs promesses non tenues et se lancent dans une croisade de diabolisation de nos dirigeants élus. Très fâchés, leurs médias ne voient rien de bon qui se fait dans ce pays. Pour eux, tout est mensonge, supercherie et magouille. Dans leurs reportages, ils occultent les acquis de la démocratie et du développement. Ils s’accrochent parfois aux faits isolés pour dénoncer l’incapacité de nos dirigeants. Ils attirent hélas, dans leur piège, beaucoup de compatriotes sans esprit critique. Ce qu’il faut cependant retenir de ces points qui fâchent, ce qu’ils nous indiquent la direction que les efforts de nos dirigeants et de notre peuple doivent prendre. Il faut choisir de s’améliorer. Voilà le chemin de la sagesse. Profondes excuses aux âmes fanatiques !

Prudence KAPONDA MALI

KASUMBALESA, LA CORRUPTION PERSISTE

Kasumblesa, poste frontalier et porte de la RD Congo pour accéder à l’Afrique australe, est une cité d’intenses activités économiques. Le trafic avec tous les pays de la SADC est intense. Toutes les marchandises en provenance du port de Dar es salaam (Tanzanie) entrent en RD Congo par Kasumbalesa. Depuis la guerre en Angola, le port de Lobito n’envoie plus rien en RD Congo. Le poste douanier de Dilolo est paralysé. Avec la crise qui frappe de plein fouet la SNCC, Kalemie ne voit pas tant de marchandises que le sud du Katanga. C’est Kasumbalesa qui tient le monopole de la douane et voit passer toute la cargaison provenant de la partie sud du continent. Le boom minier au Katanga, l’intensité des activités économiques avec Dubaï et le partenariat sino-congolais ont accru l’importance stratégique de Kasumbalesa. Comme un entoir qui avale tout, Kasumbalesa jouit d’un statut économique spécial. Ce poste frontalier d’une si grande importance pour la province du Katanga et pour le Congo est le sanctuaire d’une corruption têtue. Malgré la litanie des mesures prises tour à tour par les gouvernements qui se succèdent en RD Congo, la corruption persiste. L’Etat congolais perd des millions de dollars chaque mois.

Il y a corruption

Tout visiteur qui débarque à Kasumbalesa est frappé par d’intenses mouvements de personnes et de biens. Du côté congolais, le nombre de personnes qui attendent de passer la frontière pour gagner la Zambie, et delà rejoindre l’Afrique du sud, la Tanzanie, les émirats Arabes unis, la Chine, etc., est effrayant. Tout aussi frappant est le nombre de personnes qui viennent dédouaner leurs marchandises. L’ambiance démontre que la corruption rampe. D’une part, le processus du dédouanement est long et coûteux. Les formalités administratives sont nombreuses. Par la voie normale, il est quasiment impossible de les remplir toutes en un temps record. En plus de l’argent, il faut s’armer de patience et avoir des nerfs solides pour les voir aboutir. Corrompez, tout ira pour le mieux. D’autre part, les bureaux de tous les services douaniers et de l’immigration sont bondés de monde. L’examen des dossiers prend, à dessein, beaucoup de temps. Les agents commis à la frontière prennent tout leur temps pour mettre leurs clients dans des conditions de leur glisser une enveloppe, pour hâter les choses. Parfois, ils les renvoient au lendemain, au surlendemain, pour les amener à se décider de commettre l’acte barbare. De la sorte, la RD Congo est probablement le seul pays au monde où les tracasseries administratives font partie du travail ordinaire. Elles sont nombreuses et n’encouragent guère les investisseurs à venir s’aventurer dans notre pays. A cause de cette corruption, de l’autre côté de la frontière zambienne, une file de véhicules, parfois longue de plusieurs kilomètres, attend pendant plusieurs jours pour traverser la frontière et accéder au territoire congolais. Les camionneurs de l’Afrique australe et de l’Est qui convoient la marchandise destinée au Congo le savent. Ils s’amènent avec tout ce qu’il faut pour une cuisine de cinq jours ou d’une semaine. Ils attestent que la douane zambienne ne pose généralement pas problème. Bien qu’elle ne soit pas totalement exempte de corruption, elle n’a pas encore atteint l’ampleur de celle qui règne chez nous. La zone neutre n’est pas épargnée. Elle est souvent bondée, parfois pendant longtemps, de véhicules en attente de dédouanement ou de vente. On enregistre parfois des disparitions nocturnes, que rien d’autre ne peut expliquer que la corruption.

Facteurs encourageants

Cette pratique de la corruption est encouragée à plusieurs niveaux. Trois facteurs l’expliquent. Tout d’abord, elle est encouragée, indirectement, par le nombre de taxes à payer. Celles-ci sont si nombreuses qu’on a de la peine à croire que tous les paient. Au fond, si on les payait toutes, aucun commerçant ne ferait de bénéfice sur sa marchandise; aucun opérateur économique ne nous offrirait les prix des marchandises que nos avons sur le marché ou dans des magasins. « Trop de taxes tuent la taxe », dit-on. A Kasumbalesa, les taxes ont tué la taxe. Deuxièmement, beaucoup d’agents commis à la frontière de Kasumbalesa ont des parrains placés à quelque haut niveau à Lubumbashi ou à Kinshasa. Ces parrains font tout pour leur obtenir un poste à la frontière de Kasumbalesa. En échange, les poulains doivent leur verser régulièrement des sommes d’argent. Voilà qui explique, par exemple, un nombre non négligeable d’agents qui s’expriment en lingala. Ils sont en mission au Katanga. Lorsque se pose un problème, les parrains s’en occupent. Le réseau maffieux s’en tire plutôt bien, du moins jusqu’à présent. La faiblesse des mesures prises est le troisième facteur encourageant. De fait, les mesures prises pour combattre la corruption à Kasumbalesa sont inefficaces. D’un côté, elles ne touchent pas le fond du problème. Elles le survolent de surface. Le système de contrôle, le désengorgement, le salaire convenable et les conditions de vie décentes des agents, le nombre de taxes, l’assouplissement des démarches administratives, etc., sont quelques-uns des aspects dont on doit tenir compte dans l’avalanche des mesures pour accroître les recettes de l’Etat à Kasumbalesa.

La corruption persiste malgré le guichet unique

Les autorités congolaises croient, depuis un temps, que le guichet unique est une solution idéale pour maximiser les recettes de l’Etat et combattre la corruption au poste frontalier de Kasumbalesa. Les choses ne vont pas si bien qu’on les présente dans les médias. Les corrompus de Kasumbalesa ont, à leur tour, changé de stratégies. Tenez. Ils n’ont pas abandonné le jeu sur le temps. Ils prennent toujours beaucoup de temps pour étudier les dossiers. Et ce ne sont ni Muzito, ni Katumbi qui réussiront à les en empêcher. De plus, très souvent, ils ne libèrent les documents qu’après avoir perçu de l’argent sale. Beaucoup de clients attestent qu’avant de se présenter au guichet à la banque, ils ont défalqué une somme d’argent. Faute de quoi, leurs marchandises ne seraient jamais dédouanées. Un homme honnête de l’OFIDA a témoigné que certains agents se font payer pour qu’une partie de la marchandise ne soit pas déclarée. En termes clairs, beaucoup d’agents de la frontière, pas tous heureusement, se font payer par dossier, avant d’autoriser le paiement des frais de l’Etat à la banque. La corruption continue de plus belle, au détriment de l’Etat congolais, sur le dos des investisseurs, des opérateurs économiques, des entrepreneurs, des constructeurs et des petites gens qui se débrouillent. Rien ne démontre que d’autres voies de corruption ne seront pas inventées à Kasumbalesa.

En guise de conclusion

Pour conclure, la pratique de la corruption à Kasumbalesa nuit gravement à l’Etat congolais et pénalise le peuple katangais. Ella a atteint des proportions à la mesure de l’engorgement et du tohu bohu qu’on observe dans ce poste frontalier. L’option du guichet unique ne l’arrête qu’en partie. Au lieu de détourner ce qui doit revenir à l’Etat, les corrompus forcent la main aux clients, exigent de l’argent comptant par dossier avant de les envoyer payer à la banque ce qu’on les empêche désormais de toucher. Pour que cesse cette pratique honteuse tendant à assassiner l’Etat et à décourager les investissements dans notre province, il faut des mesures touchant au problème de fond. Dans la foulée d’alternatives, il ne serait pas fou que l’Etat congolais confie la gestion de cette « poule aux yeux d’or » à une firme étrangère expérimentée, qui pourra accroître réellement les recettes et améliorer le climat des affaires au Katanga. Il n’y pas de honte à demander secours quand c’est nécessaire. L’on pourrait penser aussi à désengorger Kasumbalesa en rendant opérationnels les postes frontaliers de Sakania, Mokambo, Kipushi, Kasenga et Pweto. Il suffira d’y construire des infrastructures adéquates. Comme une peste, la corruption doit être combattue, par tous les moyens, pour que l’Etat congolais ait les moyens de sa politique.

Charles KILUFYA Correspondance spéciale

RUEE DANS LE BUSNESS MINIER ARTISANAL AU KATANGA

Jeunes et vieux, hommes et femmes, et même les enfants, ils sont nombreux au Katanga à investir les champs miniers abandonnés par la Gécamines pour se lancer dans l’exploitation artisanale. De petits vendeurs de n’importe quoi campent aux alentours pour rafler les moindres dollars gagnés au prix d’un dur labeur. Les femmes marquent, elles aussi, leur présence. Elles se livrent à toutes sortes d’activités, même au commerce de la chair. La jungle du business minier artisanal est, de la sorte, un haut sanctuaire des infections sexuellement transmissibles. Les carrières d’exploitation artisanale regorgent d’un monde fou qui se côtoie sans hygiène, dans une pauvreté révoltante. C’est un univers de rêves, de folie et d’illusions.

Visite au chantier des illusions

Plusieurs carrières d’exploitation artisanale existent aux abords de Lubumbashi, Likasi et Kolwezi. Le business pour « gens pressés » attire d’innombrables personnes. Dix pourcent seulement sont originaires du Katanga. Le reste est constitué principalement des originaires du Kasaï et, dans une moindre mesure, du Maniema. Ceux-ci gagnent le sud du Katanga, leur eldorado, à bord des trains bondés, avec un seul rêve : devenir riches en creusant les minerais. Ils partagent ce rêve avec les Katangais qu’ils trouvent surplace. Ils sont en quête d’un bonheur facile et immédiat. Ils prennent d’énormes risques en s’introduisant dans des trous ou des galeries prêtes à céder à tout moment. La seule chose qui compte pour eux, c’est de casser la pierre avec des barres de mines, des pioches, pour arracher un morceau de cuivre, de cobalt ou d’un autre minerai de valeur, à vendre sur le champ. Chaque jour qui passe, ils nourrissent l’espoir de tomber sur un gros caillou pour faire fortune. Les insuccès ne les découragent guère. L’optimisme est, chez eux, naturel, hallucinant, schizophrénique presque. Le fruit d’un travail si épuisant est souvent décevant. Des semaines, voire des mois entiers de travail ne produisent rien ou presque, mais l’audace de continuer à creuser, en bravant d’énormes risques d’y perdre la vie, est intacte. Les creuseurs artisanaux sont hantés par les minerais rares. Chaque jour, ils s’enfoncent toujours davantage dans le ventre de la terre, sans équipement sécuritaire, à la recherche des précieux trésors. Rien ne les arrête; ni le danger d’une mort imminente, qu’ils côtoient tous les jours, ni la rage d’exploitants industriels, nouveaux propriétaires des gisements, qui les menacent, très souvent, en brandissant les papiers leur octroyés par Kinshasa. La bande de creuseurs artisanaux est téméraire. Elle se berce d’illusions et croient dur comme fer que chacun des membres en sortira un jour avec une grosse fortune. Et pourtant, à ce jour, aucun d’entre eux n’a réussi à se construire une bicoque ou à prospérer sur le plan économique. Têtu comme une mule, chaque creuseur s’enferme dans ses illusions et joue sa carte de chance. Le peu d’argent gagné est vite dépensé dans les plaisirs charnels et dans l’alcool. Ainsi va la vie au chantier des illusions. Certaines sociétés commerciales se sont spécialisées dans l’achat, à vils prix, des produits de l’exploitation artisanale. Pendant que les creuseurs croupissent dans la misère, elles, par contre prospère à une vitesse vertigineuse.

Une bombe à retardement

L’ambiance qui règne dans les carrières d’exploitation artisanale au Katanga augure un danger social évident. Les creuseurs affichent une agressivité dangereuse. A force de vivre dans ces chantiers de la débrouille, ils ont fini par se convaincre que c’est leur monde. Celui-ci est, à leurs yeux, inaliénable. Chaque fois qu’on leur parle d’une éventuelle délocalisation, ils entrent en colère et sont capables de n’importe quel dégât dans notre société. Ils se heurtent souvent aux sociétés industrielles qui se sont vu attribué les gisements qu’ils occupent par le Cadastre minier. La passation de pouvoir n’est guère aisée. Elle se déroule souvent dans la violence, la brutalité et finit parfois par causer la mort dans les rangs des creuseurs. Le Gouvernement ne semble pas avoir la maîtrise totale de ces carrières d’exploitation artisanale. Au nom du réalisme, il se sent parfois obligé de négocier avec les creuseurs et d’avoir le profil bas. Il faut noter, en passant, que les agents de l’Etat font régulièrement un tour dans ces carrières pour percevoir des taxes qu’ils destinent où on sait, c’est-à-dire dans leurs poches. Tant de monde sans travail rémunéré, qui s’accroche à gagner durement la vie dans des conditions si pénibles, constitue assurément une bombe à retardement qui finira par exploser un jour. C’est un danger pour la société. La fin de non recevoir que les creuseurs artisanaux opposent à la proposition de les convertir en agriculteurs est un message facile à saisir. Cette proposition de reconversion est un échec dans toutes les carrières du Katanga. Des tentatives d’encadrement de ces creuseurs de minerais de surface sont signalées ça et là. Elles semblent réussir par endroit, mais ont encore besoin du temps pour convaincre. Pour conclure, il sied de retenir que les creuseurs artisanaux sont un monde à part. Leur présence dans notre société témoigne de l’existence d’un problème épineux. Il y a d’une part, l’échec de la politique d’emploi dans notre pays. Ces creuseurs s’offrent l’occasion de se donner un emploi à eux, pour vivre au jour le jour en se foutant des risques qu’encourt leur vie. D’autre part, le nombre fort élevé des gens dans les carrières d’exploitation artisanale est une preuve éloquente du désordre qui règne dans le domaine minier en RD Congo. Il faut trouver une solution durable et des alternatives courageuses pour que tant de monde travaille légalement et vive décemment. Tous les regards sont tournés vers l’Etat congolais; avant qu’il ne soit trop tard.

Prudence KAPONDA MALI