JOSEPH KABILA OFFRE DU CONCRET

Depuis son accession à la magistrature suprême, le président Kabila ne cesse de surprendre. Les nombreuses prophéties apocalyptiques et pessimistes qui ont vu le jour à son avènement à la présidence de la RD Congo s’effondrent l’une après l’autre, de façon inattendue. Alors que Mobutu et les dirigeants du défunt régime avaient habitué le peuple congolais à un leadership de vantardise, de fausses promesses, de discours pompeux et d’un vain triomphalisme, Joseph Kabila, lui, s’efface et offre du concret. Il convainc par les œuvres. Peu loquace, il s’efforce de réaliser ce qu’il promet, lie la parole à l’acte, multiplie les réalisations concrètes. Réservé et discret, il tord le cou aux sceptiques en réalisant des œuvres grandioses au profit du peuple. Ce personnage est à tous égards fascinant. Son parcours à la présidence de la république se résume, jusqu’à présent, en deux mots : pacifier et reconstruire. Il appartient maintenant au peuple congolais de s’adapter à son rythme, d’entrer dans sa dynamique et de lui rendre l’ascenseur. Joseph Kabila, Président de la RDC en compagnie du Saint Père Benoit XVI

Jouer au « qui perd gagne » pour pacifier

Venu au pouvoir en pleine guerre, le président Kabila a su jouer au « qui perd gagne », pour pacifier le Congo. Là où, en vieux maquisard, son défunt père a utilisé les armes et la menace, lui a préconisé le dialogue en approchant ses ennemis. Il a partagé son pouvoir, nerf de la guerre, pour mettre fin à la guerre. A la surprise générale, le jeune président a accepté une équation contre nature l’obligeant de partager la responsabilité politique avec ceux qui avaient pris les armes contre leur propre pays. C’est le fameux « un plus quatre » de la Transition (Un Président et quatre Vice-présidents). Alors qu’on s’attendait à ce qu’il prenne sa revanche, il a joué au « qui perd gagne » en évitant de succomber dans les pièges de multiples provocations de ses nouveaux collaborateurs, ennemis d’hier. L’auteur français Denis Diderot a eu raison de dire que « Dans la cause de la vertu, de l’innocence, de la vérité, le mépris de la vengeance est un acte de générosité ». Joseph Kabila a assimilé cette leçon et l’a appliquée sans faille, sauf, plus tard, quand un téméraire a osé le renverser au grand jour après qu’il ait gagné les élections.

Au nom de l’intérêt suprême de la nation congolaise, Joseph Kabila a encaissé, tout au long de cette Transition, des coups qu’aucun tenant du pouvoir n’ait pu supporter. L’Evangile, seul, peut apporter une explication sur cet étrange ’’fair play ’’: « Si quelqu’un te requiert pour une course d’un mille, fais-en deux avec lui » (Voir Mt 5, 41). Personne, dans ce monde, ne peut s’appliquer pareille parole, si dure, sans s’armer de patience et se laisser guider par un idéal. Et, Dieu merci, le président Kabila a cette patience peu commune, que d’aucuns ont souvent confondue avec une tragique naïveté. A cette patience s’est ajoutée, dans son cas, sa détermination à atteindre les objectifs qu’il se fixe. C’est ainsi qu’il a pacifié le pays pour préparer les élections. Les deux vertus prouvent qu’il est un fin stratège. Dans le silence, il mijote de grandes choses, avec une rigueur exemplaire. Le président Kabila a usé des mêmes stratégies vis-à-vis des partenaires étrangers qui, comme on sait, pèsent très lourd dans la vie et le destin de notre chère Congo. Habilement, il a appliqué la politique du roseau : il penche quand souffle le vent, sans se briser, et se redresse aussitôt après. Au bout du compte, il a gagné son pari. Il a balayé l’espace présidentiel en surmontant de nombreux obstacles et est entré dans l’histoire par la grande porte : les urnes.

Reconstruire un pays au bord du chaos

Que le Congo hérité du régime Mobutu soit un pays au bord du chaos n’étonne personne. Le pays est en lambeaux. Les infrastructures sont inexistantes ou presque. Par pur hasard, seul un vague sentiment d’appartenance à une même nation a miraculeusement survécu au sein du peuple, on ne sait comment. Le jeune président a juré de mener la bataille de la reconstruction de cet immonde. Noble entreprise, certes, mais comment l’entreprendre en contexte post-conflit et avec les caisses vides ? La guerre et l’insécurité à l’Est du pays viennent compliquer sa tâche. Devant cette énigme, Kabila met son génie à profit. Il met son honneur en jeu pour offrir l’essentiel au peuple congolais, afin qu’il retrouve sa dignité : les cinq chantiers. Cette option est, bien sûr, discutable parce qu’elle gage les ressources naturelles de la nation dont la valeur précise demeure inconnue. Cependant, le degré de la misère du peuple l’a imposée de fait. Ne fallait-il pas commencer par quelque part pour décoller définitivement ? De plus, au lieu de s’endetter auprès de qui on sait, ne fallait-il pas compter sur les dons de richesses du sol et du sous-sol que Dieu a faits à notre pays, sans toutefois les brader ?

Face à la déception des politiques de développement des partenaires occidentaux, Joseph Kabila s’est tourné vers les pays émergents, en particulier vers la Chine. C’est, probablement, le tournant de l’histoire contemporaine de la RD Congo. Le béton refait son apparition. Des engins lourds sillonnent nos routes de la ville comme de la campagne. Le bitume commence à recouvrir progressivement certaines de nos routes. On projette de renforcer Inga, d’éclairer des quartiers entiers, de mécaniser l’agriculture, de donner de l’eau au peuple, etc. Des écoles et des hôpitaux naissent ou sont réhabilités. Des brèches d’une économie en agonie sont colmatées ça et là. Des immeubles imposants poussent au jour le jour. Le tout ressemble à la lueur avant la renaissance. Pour davantage appuyer l’initiative de la reconstruction, le président et son gouvernement mettent sur pied une politique fondée sur le réalisme et le pragmatisme. D’une part, ils préconisent une diplomatie de bon voisinage et d’intégration régionale. Ils rétablissent les liens diplomatiques avec nos voisins bien-aimés du Rwanda, Burundi et Ouganda. Les relations avec les pays occidentaux demeurent, dans l’ensemble, au beau fixe. D’autre part, ils définissent de nouveaux standards du partenariat avec les institutions financières internationales. Tout en cherchant à éradiquer la corruption et le détournement des deniers publics, ils s’efforcent, tant bien que mal, d’intégrer les exigences classiques d’une gestion de la cité fondée sur la transparence et la bonne gouvernance. Le point d’achèvement de l’initiative PPTE en est un des résultats indéniables. Ils réussissent une conciliation courageuse entre les contrats chinois et les exigences du tandem FMI et Banque mondiale. Autant dire que, objectivement, ça bouge en RD Congo. Tout n’est pas parfait et beaucoup reste à faire, mais l’envol mérite d’être salué, tout au moins signalé. La volonté d’agir est manifeste et les initiatives prometteuses. Toutefois, la part du peuple fait encore défaut.

Part du peuple encore attendue

Pendant que Joseph Kabila s’arrache les cheveux pour offrir du concret, le peuple congolais, lui, s’érige en spectateur pantois. Il admire ce qu’on lui offre mais ne s’interroge pas quelles leçons en tirer. Sa part, c’est-à-dire sa participation locale, est encore attendue. Englué dans la léthargie et l’immobilisme, obsédé par la danse et un type de religion désincarnée, il n’apporte rien et attend qu’on lui donne tout. La mentalité de la reconstruction qu’on attend qu’il acquiert ne semble pas encore au rendez-vous. Dans la majorité de ses membres, le peuple congolais se complaît nonchalamment dans les superficialités, en certains cas dans la superstition collective et l’attente d’une manne qui ne tombera jamais. La part qu’on attend de lui est d’abord et avant tout le sens du travail. C’est un atout indispensable. Il doit travailler dur, jusqu’au sacrifice s’il le faut. Au lieu de travailler réellement, beaucoup de congolais passent le temps en milieu de travail, de fois en tournant les pouces. Un travail de quelques heures prend quelques jours. Certains agents de la fonction publique, les enseignants, les professeurs d’université, les cantonniers, etc., offrent ce triste spectacle. On doit bien sûr les motiver avec un bon salaire, mais en contrepartie, ils doivent réapprendre à travailler et à donner un bon rendement. La reconstruction exige que de travaux communautaires soient réalisés. Dans les quartiers, les villages, les écoles ou ailleurs, on ne voit pas encore cet engouement. Tout porte à croire qu’il n’y a pas encore une appropriation communautaire de l’initiative de la reconstruction. Le peuple ne semble pas y adhérer massivement. Par contre, il s’illustre par des distractions qui confirment la thèse d’une Kabou Axelle qui a parlé du « refus de développement »(Lire Et si l’Afrique refusait le développement ?). En effet, quand des responsables politiques décrètent des opérations d’assainissement de quartiers, par exemple, la majorité du peuple boude en silence et brille par son absence. Le « salongo » du Gouverneur kinois André Kimbuta et l’opération « usafi »(proprété) du Gouverneur katangais Moïse Katumbi en sont des illustrations. Seuls quelques fonctionnaires, peu convaincus, ou clubs d’amis répondent au rendez-vous. En outre, on observe ça et là des comportements rétrogrades comme le sabotage des ouvrages réalisés dans le cadre de la reconstruction (vol de câbles électriques, détournement du matériel de construction, mauvais usage des infrastructures réhabilitées ou construites, etc.), la haine et les affrontements ethniques, les luttes de positionnement politique, les crises politiques dans certaines provinces, le manque de civisme fiscal, la corruption…

Ce déficit d’engouement populaire démontre également qu’il manque une mobilisation de masse en faveur de la reconstruction. C’est ici que les Eglises, les médias, les leaders d’opinion, les responsables communautaires, les chercheurs d’université, les partis politiques, etc., doivent apporter leur contribution. Les initiatives de la reconstruction doivent être suffisamment expliquées et vulgarisées pour que le peuple en comprenne le bien-fondé, y adhère et s’en approprie. Les populations bénéficiaires doivent être associées à leur réalisation. A l’heure de la reconstruction, on attend du peuple congolais une volonté manifeste de se mettre debout, de se prendre en charge et de changer de mentalité. C’est à ce prix que le concret qu’offre Joseph Kabila peut contribuer à construire un pays plus beau qu’avant. Mais, il y a peut-être un préalable : rétablir la confiance entre gouvernants et gouvernés. Cette confiance ne semble pas exister. Il faut la retrouver. La balle est dans le camp des gouvernants.

Que conclure ?

Tout observateur de la société congolaise fait un constat : ça bouge depuis quelque temps. Bien que les défis à relever soient encore nombreux, on assiste, peut-être, à un début d’un décollage décisif qui est à l’actif du président Kabila. En lieu et place des discours, des promesses fallacieuses, du triomphalisme, il offre du concret et convainc toute personne de bonne foi. S’il maintient cette tendance, le Congo peut espérer devenir fort au cœur du continent noir. Mais auparavant, il faut que le peuple donne sa part dans la reconstruction de ce pays en ruine. Bien avant ça, il faut penser à instaurer un lien de confiance entre gouvernants et gouvernés. Que chacun prenne ses responsabilités !

La rédaction.