RIEN QUE POUR REFLECHIR ET FAIRE REFLECHIR
LA REVOLUTION DU MONDE ARABE ET NOUS
Le séisme politique qui secoue le monde arabe n’a rien de banal. Une révolution contagieuse est en cours en Tunisie, Egypte, Lybie, etc. La magie des médias nous la fait vivre en direct, pas à pas. Plutôt que de se limiter à contempler ce qui se passe, en se murant dans l’indifférence, il est sage de s’interroger sur le message que nous adressent ces événements troublants.
La révolution des déshérités
Mohamed Bouazizi, 27 ans, vendeur ambulant de fruits et légumes, comme il en existe des milliers en RD Congo, se voit confisquer sa marchandise, par de policiers cupides, un bon matin ensoleillé à Tunis. Plongé dans le désespoir et gravement blessé dans sa dignité d’homme se débrouillant pour vivre, le jeune tunisien s’immole au feu, publiquement. Cette immolation allume une étincelle que rien n’éteindra. De nombreux tunisiens s’indignent et se révoltent. « La révolution du jasmin », comme on l’appelle, se met en marche, avec les conséquences qu’on sait. L’Egypte est contaminée. La Lybie et un bon nombre des pays arabes ne sont pas épargnés. Ainsi a commencé le séisme politique qui fait bouger tout le monde arabe.
Ce qui frappe, dans cette révolution en cours, c’est qu’elle est une révolte des déshérités, longtemps écrasés par des oligarchies qui ont confisqué le pouvoir- tout le pouvoir- et qui ont égoïstement accumulé des richesses en se moquant de la misère du peuple. Trop de frustrations accumulées pendant de longues décennies ont fait sauter les verrous d’une sécurité illusoire, pour obtenir des changements hier encore inespérés. Tout commence par une prise de conscience collective des injustices qui n’ont que trop duré. Avec le concours de l’Internet, de Face book en particulier, une organisation se met en place. La révolte de la rue s’en suit, s’amplifie et fait tout bouger malgré la rage de la répression et le nombre de martyrs.
Les jeunes, victimes privilégiés du chômage, constituent les troupes d’élite et les héros de cette révolution. La détermination des manifestants démontre que la peur de la répression n’est pas éternelle. Elle a ses limites, que tracent chaque jour davantage le déséquilibre social entre gouvernants et gouvernés, la violation des droits humains, l’aveuglement du pouvoir, l’ivresse de l’enrichissement illicite, la corruption, etc. Cette révolution ressemble à une revanche des vaincus, des marginaux, des exclus. En effet, quand, ceux-ci deviennent trop nombreux, il n’y a plus rien pour les arrêter, même pas les balles réelles tirées à bout portant.
En Tunisie et en Egypte, la révolution a jusqu’à présent obtenu la chute des régimes qu’on croyait inamovibles. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, le Lybie et les autres nations qui suivront ne feront sans doute pas exception. Mais au bout de la révolution, s’installent une confusion et une impatience de voir vite les changements. C’est là une preuve que cette révolution est véritablement une affaire des déshérités. Ceux-ci ont crié leur raz de bol, sans avoir pensé d’abord aux mécanismes de la post-révolution. La seule chose qui compte pour eux, c’est le changement, rien que le changement. Et nous, Congolais, dans tout ça ?
La révolution du monde arabe et nous
Répondant à une question sur la révolution en cours dans le monde arabe, un grand homme d’Etat congolais a prétendu, avec une rare sérénité, que la RD Congo a déjà fait sa révolution en chassant Mobutu. Il n’est certainement pas seul à faire preuve d’un tel aveuglement. Et pourtant, rien ne prouve que la vague déclenchée en Tunisie ait déjà atteint le rivage. Plutôt que de trancher net que chez nous une telle révolution appartient au passé, il est sage d’en décrypter le message. Car tout peut arriver, partout et à tout moment, surtout dans nos pays subsahariens où les gens comme Mohamed Bouazizi se font arracher injustement leur gagne pain tous les jours. Bien sûr que les contextes sont différents, mais personne n’a la main mise sur le cours de l’histoire des humains. Celui-ci échappe, très souvent, aux fins calculs des stratèges politiques les plus professionnels. Devant cette évidence, une classe politique dirigeante qui se veut prudente et avisée est celle qui sait lire les signes des temps et qui sait agir. Elle est proactive, laisse tomber les masques de l’aveuglement du pouvoir et travaille à réduire les causes éventuelles d’une pareille révolution. Qu’est-ce à dire concrètement chez nous ? Trois choses principalement.
Primo, il est utile de s’employer à réduire le déséquilibre social trop criant entre une minorité des riches tenant les arènes du pouvoir et une majorité d’affamés en proie aux tracasseries des agents de sécurité. L’amélioration des conditions de vie du peuple et la lutte contre la vie chère doivent être prioritaires. Secundo, Il faut davantage libérer la démocratie, garantir les libertés citoyennes, respecter les droits humains et enfin répondre aux attentes et aux aspirations du peuple. La majorité au pouvoir a intérêt à réduire le nombre de ses ennemis, réels ou potentiels, et se montrer véritablement au service du peuple. Pour cela, elle doit multiplier les réalisations sociales convaincantes au profit du peuple, améliorer ses stratégies de communication et son image dans l’opinion politique au niveau national mais surtout au niveau international. Il convient de souligner ici le grand rôle que jouent les médias internationaux dans la révolution du monde arabe. Tertio, la sécurisation de tout le territoire national et la bataille contre les tracasseries dont souffrent les populations doivent primer sur tout. Les gouvernants doivent mettre sur pied une politique de proximité et de confiance, de nature à éradiquer les frustrations des citoyens et de susciter l’espoir des lendemains meilleurs.
Dans le contexte qui est le nôtre, la tentation d’un suivisme, d’une reproduction aveugle de ce qui se passe dans le monde arabe me semble une voie suicidaire, un péril pour l’unité de notre nation, toujours menacée par une étrange balkanisation pensée dans certains milieux politiques hors du Congo. Nous sommes dans une démocratie qui, sans être parfaite, avance tout de même à son rythme, à petits pas. Il est illusoire de penser que la torpiller équivaudrait à faire mieux. Le risque d’un chaos, les chances d’obtenir des résultats contraires me paraissent grands, évidents. Il sied de rappeler, de ce fait, que la révolution sanglante n’est pas l’unique voie pour résoudre nos problèmes. C’est un raccourci qui s’impose en certains cas, mais dont on ne doit pas oublier les effets collatéraux capables de faire basculer le pays dans une anarchie indescriptible. Qu’on se souvienne des années 60 et on comprendra tout.
Considérant les efforts urgents que les politiques doivent déployer pour trouver des solutions aux problèmes de notre peuple, je pense à une forme de révolution qui me paraît salutaire pour notre beau pays. Elle concerne tout le peuple congolais. Il s’agit de celle du sens du travail, de la responsabilité citoyenne, des valeurs d’honnêteté et de la dignité de soi, à quoi il faut ajouter le patriotisme et le sens de la gouvernance transparente, bref la révolution des mentalités. Une telle révolution me paraît plus indiquée pour que le Congo, ce bel « immonde » bien-aimé, se réveille. Définitivement. Le français Georges Duhamel n’a-t-il pas écrit naguère: « Révolution ? Oui! Mais entendez bien : il n’y a de vraie révolution que morale. Tout le reste est misère, sang gaspillé, larmes vaines » ( Entretiens dans le Tumulte. Dernier entretien avec l’irréductible). Il y a matière à réflexion dans cette affirmation.
Je ne conclurai pas. A la lumière de ce qui se passe dans le monde arabe, je retiens entre autres qu’aucun siège n’est non éjectable dans une société des hommes. Tout peut arriver, partout, à tout moment et de n’importe quelle manière. En politique, pour espérer sauver les meubles, il faut regarder droit dans les yeux des jeunes, des pauvres, des exclus, des marginaux, des victimes de la mauvaise gouvernance et de la corruption, de ces hommes et femmes qui peinent toute la journée pour nourrir leur famille, ou encore ces enseignants que le système a réduits en minables citoyens, etc. Que ressent-on dans sa conscience, après cet exercice de vérité, sinon que la politique doit être un sacerdoce. Oui, un sacerdoce. Un vrai.
+ Fulgence MUTEBA
ONZE JOURS APRES …MEMOIRE OUBLIEE DE LA CESSESSION KATANGAISE
C’était, il y a cinquante ans, un certain 11 juillet, onze jours à peine après la proclamation de l’indépendance du Congo, le Katanga faisait sécession. Qu’on en ait honte ou qu’on en soit fier, l’événement a bel et bien eu lieu. Il est, désormais, inscrit dans les annales de l’histoire mouvementée de la RD Congo, en lettres d’or pour les uns ou en lettres molles pour les autres. Les festivités du cinquantenaire de l’indépendance ne l’ont pas évoqué, fût-ce pour ôter les masques de ses parrains, les Belges, ou pour en tirer les leçons de l’histoire et, par exemple, étouffer les velléités indépendantistes qui hantent, de temps en temps, certaines générations nostalgiques du Katanga. Retour sur une mémoire oubliée.
Mémoire oubliée
La sécession katangaise de 1960 est très peu ou pas du tout exaltée au Katanga. L’imaginaire populaire semble l’avoir oubliée, du moins en apparence. L’histoire qu’on enseigne à nos enfants dans les écoles l’occulte. On a l’impression qu’elle est considérée comme une page noire de l’histoire du Congo. Tout porte à croire qu’on en a honte. Beaucoup de Katangais ont peur de l’évoquer publiquement, de revendiquer sa mémoire. Ils pensent que l’évoquer c’est remettre en cause l’unité de la RD Congo et s’exposer aux représailles. De la sorte, ils tendent à l’enfouir dans le subconscient, de manière paranoïaque. Une page de l’histoire de notre pays est ainsi effacée, la mémoire oubliée.
Il y a un danger à déformer l’histoire par un silence qui reflète la trahison de l’indenté de tout un peuple, qui n’a rien perdu de la fierté de son passé, de tout son passé. La dénégation n’est pas, à mon avis, une valeur. Au Katanga, faire mémoire d’un tel événement n’est pas un crime. L’Allemagne se souvient de la chute du mur de Berlin, sans que personne ne s’en offusque. Pourquoi les Katangais ne se souviendraient-ils pas du 11 juillet ? Dans une démocratie qui se respecte, il n’est pas criminel de faire mémoire d’un événement qui a marqué la vie d’un peuple. De toute manière, le Katanga doit assumer son passé, avec tout qu’il a de haut et de bas.
Devoir de mémoire
Par devoir de mémoire, les tenants et les aboutissants de la sécession katangaise méritent d’être connus des générations katangaises d’aujourd’hui. Au plan historique, évoquer la sécession katangaise, 50 ans après, n’a rien de honteux, d’irrévérencieux et de subversif. C’est loin d’être un acte barbare, anticonstitutionnel, rebelle. Au risque de falsifier l’histoire, une telle évocation relève de l’honnêteté intellectuelle.
Il faut purifier la mémoire, analyser les faits, en tirer des leçons pour éviter une possible manipulation politique ou une aventure irréfléchie, sans issue. A l’heure où le projet de la balkanisation de la RD Congo n’a pas encore dit son dernier mot, il est nécessaire que cet épisode de notre histoire soit analysé sans froid aux yeux, de manière critique, courageusement, pour la démasquer s’il faut, en tout cas démontrer à coup d’arguments son caractère schizophrénique, si on la juge ainsi. L’essentiel, en tout cas, c’est de briser l’omerta qui l’entoure. L’accomplissement d’un tel devoir pourrait permettre de comprendre la position stratégique du Katanga au sein de la RD Congo et les enjeux politiques qui l’entourent.
Moïse Kapenda Tshombe n’est pas moins héros
Dans la foulée de la mémoire des années de l’indépendance, la figure de Moïse Kapenda Tshombe s’impose incontestablement. Le lunda du Katanga s’est distingué parmi les personnages qui ont joué un rôle non négligeable pendant les premières années de l’indépendance du Congo. Un témoin raconte, sans humour, que Tshombe fut le seul nègre à qui on pouvait dire « Monsieur ». Homme réfléchi, que la précipitation des événements politiques a arraché de ses activités commerciales, il s’est vite imposé dans la scène politique. C’était un homme du compromis et non des compromissions. Après la réunification du Congo, l’homme d’Etat katangais n’a pas démérité. Il fut chef du fameux Gouvernement du salut public et a réussi à se faire des sympathisants dans les hautes sphères de la politique congolaise à Kinshasa. Une percée remarquable lorsqu’on a été sécessionniste et surtout lorsque l’on sait comme les gens de Kinshasa considèrent les Katangais.
Le Katanga a tort d’occulter ou tout au moins de minimiser sa mémoire. A part le monument que son homonyme KATUMBI vient d’ériger en son honneur, le Katanga ne conserve de lui que le nom de sa grand’place de Lubumbashi. Et pourtant, il n’est pas moins que les personnages que la République récompense avec solennité. Il n’est pas exagéré de demander qu’il soit élevé, lui aussi, au rang des hommes d’honneur de ce pays. Il n’est pas moins héros en tout cas.
This TSHILAND
Diocèse de Kolwezi
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