A la une: Lire Dans "L’évêque nous parle": Gédéon reprend du service et provoque un drame humanitaire.2.Homélie de notre pasteur à Noël: 2.Lire Dans "LES BREVES": 1. PLUIES MEUTRIERES A KASENGA.2. LA CONSTRUCTION DE NOTRE BATEAU « SANTA MARIA » SE POURSUIT. 3 BRUITS DE BOTTES DANS LE « TRIANGLE DELLA MORT». 4.TROISIEME PAROISSE A KASENGA …  

























L’évêque nous parle

« NOTRE FOI EN JESUS-CHRIST : UN DON, UNE FORCE »

Présentation du thème de l'année pastorale et orientations pratiques Septembre 2012 O. Un mot d'introduction Frères très chers dans le sacerdoce, Frères et sours agents pastoraux, Chers diocésains, Le thème de cette année pastorale dans notre diocèse se situe dans la perspective de l'Année de la Foi, promulguée par Sa Sainteté notre Pape Benoît XVI à travers son Motu proprio Porta Fidei . Pour rappel, cette Année de la Foi dans notre Eglise catholique commencera le 11 octobre 2012 et se clôturera le 24 novembre 2013. En cette Année de la foi, l'Eglise commémore deux anniversaires. Il s'agit du 5Oe anniversaire de l'ouverture du Concile Vatican II, ce grand événement dans la vie de notre Eglise, et du 20e anniversaire de la publication du Catéchisme de l'Eglise catholique, un document qui présente la synthèse de la doctrine de la foi catholique.

Lire le thème de l'année pastorale et orientations pratiques"NOTRE FOI EN JESUS-CHRIST : UN DON, UNE FORCE" Paques 2012: Lettre pastorale de son Excellence Monseigneur Fulgence Muteba


DEBOUT.TENEZ FORT LE BOUCLIER DE LA FOI (Cfr Ep. 6, 14,16) Exhortation pastorale de Pâques 2012 Aux prêtres, Religieux et religieuses, Fidèles laïcs, A toutes les personnes de bonne volonté. Frères et sours, 1. « A vous grâce et paix de par Dieu notre Père et le Seigneur Jésus Christ ! » ( Phi, 1,1 ). Parmi les dons précieux que Dieu, par notre Seigneur Jésus Christ, a faits à l'humanité figure en bonne place celui de la foi. C'est Dieu, en effet, qui appelle les hommes à entrer en communion avec lui. L'initiative de nous appeler à la foi lui revient en premier. « La réponse adéquate à cette invitation est la foi » . Cette foi est libre, volontaire.

Lire la lettre pastorale de l'Eveque"DEBOUT.TENEZ FORT LE BOUCLIER DE LA FOI (Cfr Ep. 6, 14,16) Exhortation pastorale de Pâques 2012"

Gédéon reprend du service et provoque un drame humanitaire


Le 12 mai 2006, Gédéon s’est rendu aux forces de l’ONU à Mitwaba après une cavale meurtrière en forêt qui a duré des années. Il a été jugé par la Cour d’ordre militaire de Lubumbashi au terme d’un procès abracadabrant émaillé de plusieurs questions sans réponses, notamment celles concernant ses parrains. On le croyait définitivement écroué et condamné à la peine capitale pour crimes contre l’humanité commis entre 2001 et 2006 dans le nord du diocèse de Kilwa-Kasenga. On croyait même qu’il s’était converti à la foi chrétienne pour s’être fait « baptisé » ostensiblement dans une secte. Tout n’a été finalement qu’une comédie, une amère comédie. Gédéon est bel et bien de retour dans sa région natale, aux confins du territoire de Mitwaba et de celui de Pweto, dans le Haut-Katanga. Il s’est évadé de la prison de la Kasapa à Lubumbashi il y a quelques mois, en plein jour, suite à une opération commando qui a permis à quelques centaines d’autres détenus de disparaître dans la nature. L’enquête diligentée pour élucider les circonstances de son évasion piétine, comme du reste toutes les enquêtes annoncées pompeusement pour tromper le peuple et faire taire les militants des droits humains. Au lendemain de sa fuite, quelques coups de feu ont été entendus dans les collines du monastère bénédictin de Kiswishi. Les opérations de sa poursuite ont été inefficaces, éphémères et se sont soldées par un échec cuisant. Elles ont néanmoins permis à quelques unités de la police à se taper une ballade dans les villages du territoire de Kasenga. Depuis, ce seigneur de guerre n’a eu personne à ses trousses. Il a retrouvé une liberté inespérée.

Le Seigneur de guerre Gedéon Mutanga L’insécurité est de retour


Quelques jours après son évasion spectaculaire de la Kasapa, Gédéon a été aperçu aux flancs des monts Mitumba, non loin de Lukafu, à la tête d’un peloton d’une quinzaine de jeunes gens armés et portant une bande rouge autour de la tête. Au bout de quelques semaines, une rumeur attestant son retour a circulé dans beaucoup de villages du territoire de Mitwaba. De fait, on l’a vu en chair et en os à Kabala, son village natal, qui s’est vidé de sa population après son passage, pour échapper à une éventuelle opération de représailles de la part des autorités établies. Ses hommes qu’on appelle maï maï ont un nouveau look. Certains balbutient le portugais, dit-on. Ils sont en salopettes neuves, portant au dos le dessin d’une pair de ciseaux coupant le Katanga du reste de la RD Congo, avec comme inscription : « Kata Katanga » (Coupe le Katanga en langue swahili). Naturellement, ils portent des amulettes. Ils ont des armes de guerre apparemment neuves. Ils disent ne pas vouloir troubler la paix et surtout ne pas s’en prendre à la population civile. Toutefois, peu avant la publication des résultats provisoires de l’élection présidentielle, ils avaient effectué une mission dans le village de Mwema auprès des agents de la CENI(Commission électorale nationale indépendante) pour s’enquérir du score réalisé par le président Joseph Kabila. Ils auraient déclaré, semble-t-il, qu’ils commenceraient la guerre de sécession du Katanga au cas où celui-ci n’était pas réélu. Ils ont affirmé avoir des ramifications dans toutes les grandes villes du Katanga. Ils ont regagné la jungle sans avoir commis un seul acte de violence.

Le calvaire des habitants de sept villages


A peine est-il rentré dans la région qui a été le théâtre des crimes les plus abominables de 2001 à 2006 que Gédéon reprend du service. Depuis trois semaines, sept villages se sont vidés de leurs habitants suite aux affrontements, à Mubidi, entre ses hommes et les soldats loyaux. Le sang a coulé. Un épais mystère plane sur le nombre de morts. Des blessés de l’armée loyale ont été soignés à Dubie. Les villageois racontent que la tête et un bras d’un présumé maï maï de Gédéon tué à Mubidi ont été promenés triomphalement dans les villages situés sur la route de Mitwaba. Les disciples de Gedéon Mutanga La région s’est embrasée dans la violence, la psychose, la panique et la peur. Outre à Mubidi, les habitants des villages Kwiyongo, Kwisinga, Kapanda, Kamakumbi, Tombwe ont pris la fuite. Il y en a beaucoup qui se cachent en brousse. Nombreux sont ceux qui sont venus s’installer à Kabola, à cinq kilomètres de Kasongo-Mwana, sur l’axe Kilwa-Mitwaba. A ce jour, on a enregistré provisoirement 10 926 personnes, 2 923 ménages, 1. 867 hommes, 2 485 femmes et 6.574 enfants. Ils sont sur 17 sites de fortune, sans assistance humanitaire et exposés aux intempéries parce qu’on est en pleine saison des pluies. Ces déplacés manquent de tout. Ils n’ont ni nourriture, ni médicaments, ni couvertures, etc. On signale qu’une diarrhée accompagnée de vomissements a déjà fait deux morts chez les déplacés et un mort dans le village Kasongo-Mwana. Dans la cité de Mitwaba, on signale 2.000 déplacés et le repli de plusieurs creuseurs artisanaux de la cassitérite exploitant le gisement de Kansowe à 25 kilomètres. La forte présence militaire ne rassure guère. Elle n’augure pas une fin immédiate du drame.

Appel au secours


Un nouveau calvaire a commencé pour ces milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qui maudissent unanimement ceux qui ont planifié et coopéré à l’évasion de Gédéon de la prison de la Kasapa à Lubumbashi. L’impunité, l’irresponsabilité, la négligence, le laisser aller sont des maux à combattre vigoureusement dans notre pays. Leurs conséquences sont graves. J’invite les personnes de bonne volonté à venir en aide à cette pauvre population qui, après avoir enduré des années de guerre entre 2001 et 2006, est de nouveau victime de la barbarie et de la violence. J’estime aussi qu’il est utile que l’enquête sur l’évasion de Gédéon soit menée jusqu’au bout. Les coupables doivent être connus et punis. Cette enquête doit s’étendre sur les personnes qui manipulent Gédéon et lui fournissent des moyens pour tuer son propre peuple. Car, manifestement, Gédéon dispose des connexions politiques occultes qui n’honorent ni la démocratie, ni le prestige du Katanga. La vérité doit éclater au grand jour.

† Fulgence MUTEBA


« Le silence de l’Enfant de Bethléem… »L'homélie de l'Eveque à Noel


« …Tout aussi étonnant est le silence de l’Enfant de Bethléem. Comme le dit si bien un chant swahili (Kimya, kimya, mtoto Yesu…), ce silence interpelle et invite à la réflexion. Le Verbe de Dieu, Parole par excellence, Vérité auteur de la Vérité se retranche dans un silence éloquent. Lui, qui sait tout sur tout, est silencieux. Plus tard, il affichera le même silence devant une question de Pilate sur ce qu’est la vérité (Cf. Jn 18, 38). L'Enfant Jésus Voilà une révélation bouleversante, illuminatrice, troublante même, qui renverse la logique qui tend à s’instaurer dans notre pays, surtout en cette période cruciale des élections. En effet, les médias locaux et étrangers nous offrent, depuis quelques semaines, un spectacle qui contraste avec le silence de l’Enfant de Bethléem. Des détenteurs des vérités électorales, ou prétendus comme tels, rivalisent de porter un jugement de valeur sur le processus électoral dans notre pays, sans se soucier en même temps de préserver la paix qu’est venu apporter le Verbe incarné de Dieu et sans en mesurer les conséquences politiques. Les prises de position se multiplient, se bousculent, se contredisent et sèment parfois de la confusion dans l’opinion. Les analyses prolifèrent. Les déclarations les plus déroutantes pullulent… Etrangement, tout ce beau monde pense détenir la vérité et dit parler au nom de la justice, au nom du peuple ou de la démocratie, sans apparemment le moindre souci de préserver la paix si chèrement acquise dans notre pays. Face aux étincelles sociales que soulèvent les discours de ces champions de la vérité et surtout face au préjudice qu’ils pourraient causer à la paix sociale dans notre pays et dans les cœurs de nous autres les « faibles dans la foi »(Rm 14, 1), le silence de l’Enfant de la crèche est plein de leçons. C’est une invitation à la retenue, à la maîtrise de soi et à la responsabilité. Loin d’être un signe de faiblesse, moins encore d’indifférence, ce silence est, en quelque sorte, une mise en garde contre les prétentions qu’ont les hommes de ce monde à se prononcer à tout prix sur tout, à tout moment, en toutes circonstances, même sur ce qui, en principe, ne relève pas directement de la mission que Dieu leur a confié dans ce monde. Saint Paul n’a-t-il pas déclaré : « Poursuivons donc ce qui favorise la paix et l’édification mutuelle »(Rm 14, 19). Garder le silence peut, en certains, cas nous y aider. Le silence du Fils de Dieu est aussi un message pathétique à notre société envahie par les bruits. Notre monde, en effet, s’accommode des bruits de toutes sortes et a peur du silence, surtout le silence du cœur, c’est-à-dire celui qui nous met seul devant notre propre conscience, sans intermédiaire. Il accorde trop de temps aux sirènes des médias, aux tintamarres des faiseurs d’opinions, parfois sans discernement. Il investit énormément dans les joies mondaines ou dans les projets trop humains, au point de disposer de très peu ou pas du tout de temps pour Dieu, pour le silence... Le silence le dérange et la méditation l’importune. Hélas, ces attitudes n’épargnent pas parfois les chrétiens que nous sommes. Elles nous affectent et nous caractérisent aussi. Combien d’entre nous pratiquent quotidiennement l’examen de conscience ? Il faut avouer que notre Eglise traverse une crise du silence. L’Enfant de Bethléem nous invite, tous, à aimer le silence, la méditation, la retraite, l’examen de conscience, etc. Car, en effet, Dieu ne se rencontre pas dans les bruits, mais dans le silence. Aimons le silence. Pratiquons le silence. Cherchons le silence… » (Extrait de l’homélie de Mgr Fulgence Muteba en la cathédrale Saint André à Kilwa ).


SEPT « L »

Il y a, dans le bassin du fleuve Congo au Katanga, sept rivières qui arrosent de leurs eaux le sol fabuleusement fertile de la province. Elles coulent toutes, tantôt tranquillement tantôt avec brutalité dans les chutes. Malgré la proximité de l’Afrique australe, toutes orientent élégamment leurs eaux vers le grand fleuve de la République Démocratique du Congo qui les transporte, majestueusement, vers l’Atlantique, après avoir traversé tout le pays. Ces rivières constituent un magnifique ensemble hydrographique qui fait la particularité du relief du Katanga. Par un pur hasard qu’on ne sait s’expliquer, mais que nous considérons quant à nous comme l’expression de la volonté du Créateur de toutes choses, ces rivières sont au nombre de sept, un chiffre symboliquement significatif dans l’univers biblique. En plus, le nom de chacune commence par la lettre « L ». Hélas, sans surprise, il s’agit de Luapula, Luvua, Lofoï, Lufira, Lualaba, Lukuga et Lomami.

Province du katanga lire l'article "SEPT "L": Temoin révélateur du lien naturel des populations du Katanga"

CAP SUR LE KATANGA

A peine a-t-il réalisé une année d’existence que Luapula-Moero met le cap sur le Katanga. Il conserve sa vocation de magazine catholique d’animation pastorale et rurale, mais se propose de se consacrer aux réalités des huit diocèses de la Province ecclésiastique de Lubumbashi que compte le Katanga. Il n’est pas question d’ambitions démesurées, moins encore de conquête de régions éloignées de la Luapula et du Moero. Il s’agit plutôt de l’affirmation d’une foi en l’unité familiale du peuple katangais et en son possible développement. En conséquence, dès le prochain numéro, on verra paraître des articles et des réflexions concernant l’Archidiocèse de Lubumbashi, les diocèses de Sakania-Kipushi, Kolwezi, Kamina, Kalemie-Kirungu, Manono, Kongolo et, bien sûr, de Kilwa-Kasenga. C’est dire que notre magazine du village sera placé sous la responsabilité de l’Assemblée épiscopale de la Province de Lubumbashi(ASSEPL), avec les mêmes rubriques, la même franchise, la même rigueur analytique.

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ANNEE ELECTORALE : QUE DEVONS-NOUS FAIRE ? (Ac 2, 37) Exhortation du Comité permanent de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO) aux fidèles catholiques, aux hommes et aux femmes de bonne volonté

Le cardinal Laurent Monsengwo et Le Président Joseph Kabila Après avoir organisé, en 2006, les élections qui ont marqué l’entrée dans la troisième République et célébré, en 2010, le jubilé d’or de son accession à la souveraineté nationale et internationale, la RD Congo s’apprête à vivre, en cette année, un autre rendez-vous décisif avec l’histoire : la tenue des élections présidentielles et législatives. 2. L’Eglise catholique, à travers le Comité permanent des Evêques de la CENCO réuni à Kinshasa en session ordinaire du 21 au 25 février 2011, veut apporter sa contribution pour que ces nouvelles élections puissent consolider les bases d’une destinée communautaire à construire dans la justice , la vérité et la paix, et ouvrir ainsi de nouveaux horizons pour l’avenir de la Nation. lire l'article "ANNEE ELECTORALE : QUE DEVONS-NOUS FAIRE ? (Ac 2, 37) "

Naufrages à répétition de bateaux dans les eaux de la Luapula et du Moero

Un drame s’est produit sur la rivière Luapula la nuit du 29 au 30 novembre 2010 vers 2 heures du matin, près du village Kashobwe dans le Haut-Katanga. baleinière artisanale Une baleinière artisanale, appelée MB Papa Jules, a fait naufrage. Cent cinquante voyageurs ont eu la vie sauve, une dizaine de corps sans vie ont été repêchés de l’eau et plusieurs autres personnes, dont on ne connaît pas le nombre exact, sont portées disparues. C’est le sixième naufrage de l’année. Cinq autres ont été enregistrés quelques mois auparavant, causant la mort de plusieurs personnes et la perte de leurs biens. Le plus meurtrier fut celui de Kabimbi, à près de cinquante kilomètres de Kasenga. Il avait fait périr un grand nombre de personnes. Le Haut-Katanga n’a pas le monopole dans ce genre d’accidents. Loin s’en faut. Le fleuve Congo, le lac Tanganyika, le lac Kivu, la rivière Kasaï et bien d’autres sources d’eaux navigables du Congo enregistrent fréquemment des naufrages d’embarcations. Que se passe-t-il au juste dans les eaux de la Luapula et du Moero ?

Loin de toute superstition, il importe de regarder la situation en face. Il n’y a aucun mystère. Ces naufrages à répétition s’expliquent aisément par le concours de certains facteurs.

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Le paludisme sévit dans une partie de la zone de santé de Kilwa

Les localités comprises entre Kilwa et Lukonzolwa, au littoral montagneux du lac Moero, font face à une épidémie de paludisme qui frappe principalement les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes. L’année dernière, près de soixante-dix enfants de Lukonzolwa avaient perdu la vie en moins de trois mois, causant des troubles sociaux avec mort d’homme. Une intervention du Gouvernement provincial du Katanga avait réussi à diminuer progressivement le nombre de victimes et à rétablir la paix sociale. Enfant victime du Paludisme Avec l’avènement de la saison des pluies, cette épidémie refait surface. Depuis le mois de novembre, elle a déjà tué beaucoup d’enfants et quelques femmes enceintes à Lusalala, à Kyaka et dans d’autres localités de la région. Les paysans sont dans la panique. Ils se demandent pourquoi cette épidémie, qui soumet ses victimes à une sévère anémie avant de les tuer, ne frappe que les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes. Beaucoup pensent que ce n’est pas une maladie naturelle. Ils l’attribuent aux forces obscures, à la sorcellerie. Les chefs coutumiers sont automatiquement mis en cause. Comme l’an passé à Lukonzolwa, les habitants de Lusalala ont récemment saccagé la maison de leur chef coutumier. Celui-ci a eu la vie sauve pour avoir fui juste avant l’attaque. A Kyaka, près de Kilwa, on a observé le même scénario. La maison du chef local a été sauvée de justesse grâce à l’intervention de la police. Le chef est en fuite. Les responsables de la zone de santé de Kilwa font leur possible pour stopper cette épidémie, mais ils manquent cruellement de moyens pour agir efficacement. La bonne foi des médecins ne suffit pas. Le Bureau diocésain des œuvres médicales(BDOM) manque, lui aussi, de moyens. La population de cette contrée se sent franchement abandonnée à elle-même. Enfants avec des moustiquaires A la vérité, cette population entretient un mystère autour de cette épidémie, toute naturelle pourtant, à cause des croyances coutumières. La croyance à la sorcellerie, à la puissance des forces ténébreuses et aux fétiches est assez forte dans cette zone. Toute maladie est attribuable au jet d’un mauvais sort. Du coup, elle nécessite, selon les gens, une intervention d’un féticheur ou d’un guérisseur traditionnel qui joue parfois le rôle de devin. Dans cette ambiance, quand se déclenche une maladie les gens recourent d’abord et avant tout aux pratiques coutumières et à la médecine indigène. Ce reflexe, qu’encourage une pauvreté extrême, les pousse à ne fréquenter la médecine moderne qu’après consultation d’un devin ou d’un guérisseur traditionnel. Souvent, ils s’amènent à l’hôpital quand il est trop tard. Les médecins accueillent, la plupart du temps, des malades agonisant, pour qui, ils ne peuvent plus rien faire. Dans le cas qui nous concerne, une explication rationnelle est pourtant possible. La malaria est consécutive à l’abondance des pluies et à la culture, autour de nos maisons, des maïs, des haricots, des courges ou des patates douces, etc. Les chèvres étant en captivité de novembre à mars, nos villages sont transformés en vastes fermes. Les feuilles de ces plantes constituent un abri idéal pour les moustiques. Ceux-ci se multiplient rapidement et transmettent le paludisme à grande échelle. Une maman et son bébé victime du paludisme Les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes sont les principales victimes parce ce qu’ils partagent une même vulnérabilité. Ces deux catégories sociales, en effet, ont des anticorps faibles, en tout cas peu résistants aux assauts des microbes, en l’occurrence ceux transmettant le paludisme. C’est l’unique raison qui explique les ravages de cette épidémie. L’épidémie qu’on observe dans cette partie du Katanga est donc naturelle. On peut la combattre efficacement en éduquant davantage la population aux règles d’hygiène et en accordant les médicaments et les moyens de locomotion à la zone de santé de Kilwa et au BDOM. Il faut agir maintenant!

† Fulgence MUTEBA


Impressions de Mgr Fulgence Muteba sur le synode

Mgr Fulgence Muteba Le deuxième synode africain a été un moment d'intense communion ecclésiale, de prière et d'échanges fraternels. J'ai été personnellement frappé par trois choses. Premièrement, loin d'être des jérémiades ou des cris de victimisation, les interventions des Pères synodaux africains ont été très responsables. Elles m'ont paru fort engagées. J'ai entendu des propos qui dépassent résolument les lamentations sur les Etats post-coloniaux; mais reflétant une volonté de prendre à bras le corps le destin de tout un continent. Deuxièmement, les témoignages des délégués d'autres continents m'ont convaincu qu'il est possible de construire un monde juste et solidaire. Ces témoignages ont démontré que l'Afrique n'est pas seule dans son aventure. Il y a, au monde, des gens qui la voient autrement que sous le prisme de l'afropessimisme, qui la portent dans leur cœur et qui sont prêts à marcher avec elle en luttant contre ses chaînes internes et externes. Troisièmement, enfin, le courage prophétique des Pères synodaux a été remarquable. Les propositions faites au Saint-Père sont un levier pour relancer le développement du continent africain. Elles tracent des chemins qu'il importe de suivre pour instaurer la paix, la justice et la réconciliation dans ce grand continent. A cet égard, ces propositions ne sont pas un discours politique. Elles sont une parole de Pasteurs qui interpelle et invite à l'engagement.

† Fulgence MUTEBA

Interventions de Mgr Fulgence et Mgr Jean Pierre au synode

Deux évêques de l'Assemblée Episcopale de la Province Ecclésiatisque de Lubumbashi (ASSEPEL) ont présenté leur contribution au synode des évêques pour l'Afrique. Mgr Fulgence Muteba a insisté sur la nécessité pour l'Eglise d'avoir ses moyens des communications sociales en vue de promouvoir la culture de la paix, de la justice et de la réconciliation. Mgr Jean Pierre Tafunga a démontré , quant à lui, que les valeurs de la Justice, de la Paix et de la Réconciliation sont inscrites dans la culture traditionnelle africaine. Voici la synthèse de leur intervention, faite pour nous par l'agence d'information catholique Zenit :

Mgr Fulgence MUTEBA MUGALU, Évêque de Kilwa-Kasenga (RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO). 07 octobre 2009

Pour promouvoir une culture de paix, de justice, de réconciliation, de tolérance, de dialogue et de convivialité au sein de nos populations, les Églises d'Afrique ont intérêt à utiliser efficacement les médias et à relever certains défis. À l'heure du numérique c'est un impératif incontournable dans un environnement médiatique pollué par la manipulation, la propagande politique, le divertissement peu édifiant et l'activisme des sectes, mais aussi marqué par l'impérialisme des médias étrangers qui se proposent en s'imposant. Mgr Fulgence Muteba D'une part, pour être efficace, la communication ecclésiale doit devenir une priorité pastorale. Pour cela, les moyens de communications sociales doivent être réellement mis au service de l'évangélisation et eux-mêmes évangélisés. Il est souhaitable, à cet égard, que nos structures ecclésiales et nos institutions ecclésiastiques disposent, dans la mesure de leurs ressources matérielles disponibles, de leurs moyens propres de communications (radios, journal, bulletin d'informations, site Internet, télévision, téléphone, etc.) et les utilisent réellement. Face au manque de moyens matériels et financiers, on utilisera, par exemple, le parrainage avec des organes médiatiques d'autres continents, ainsi que la solidarité active avec les personnes de bonne volonté. Les agents pastoraux, en l'occurrence les évêques, les prêtres et les séminaristes, doivent s'initier à l'utilisation de nouvelles technologies de la communication et de l'information en pastorale, particulièrement dans la pastorale de la justice, de la paix et de la réconciliation. Nos populations doivent, elles aussi, être formées à l'usage des outils médiatiques avec discernement et esprit critique, à la lumière des principes éthiques et des droits humains. Quant aux opérateurs de la communication dans nos sociétés, il impérieux qu'ils soient sensibilisés sur la déontologie de leur métier et sur la responsabilité qui est la leur dans la promotion de la paix, de la justice, de la réconciliation et de la dignité de la personne humaine. Comme nous le recommande la doctrine de l'Eglise, l'on doit fonder des associations des communicateurs catholiques.

Mgr Jean-Pierre TAFUNGA, S.D.B., Archevêque Coadjuteur de Lubumbashi (RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO). 12 octobre 2009

Dans la plupart des cultures africaines, le mal est conçu comme une conséquence d'une transgression de ce qui est prescrit, qu'il s'agisse des préceptes divins - qui appellent inconditionnellement obéissance et soumission - ou d'une loi sociale dictée par les autorités qui gouvernent ou encore des interdits ou prescriptions rituelles. Tout acte qui diminue ou détruit la vie et tout acte ou attitude et comportement qui brise l'unité, l'ordre ou l'harmonie des choses est considéré comme étant un mal. Mgr Jean Pierre Tafunga au synode Suivant le genre de fautes commises, la personne concernée est appelée à avouer en toute franchise le mal commis. Cet aveu généralement se fait devant le chef, garant de l'ordre social ou devant un guérisseur. Dans certains cas, l'aveu se fait devant la communauté. L'incriminé est appelé à manifester sa ferme résolution de réparer nécessairement le tort causé. Est concerné dans la réparation l'individu qui a commis le forfait ou à défaut, sa famille. La réparation se fait en payant les frais prescrits, les dommages et intérêts. Suivant les cultures, les frais équivalent à une somme d'argent prescrite par la tradition selon la gravité de la faute. Les dommages intérêts consistent à offrir un animal vivant ou un produit de la chasse. Les personnes lésées peuvent alors accorder le pardon à ceux qui les ont offensées. La réparation clôt le processus aussitôt que la personne est pardonnée et la réparation effectuée. Le point culminant de la réparation est le rite de réconciliation. Par peur de châtiment (mort subite, brutale, inopinée, etc) qui proviendrait directement de Dieu ou d'un féticheur, le transgresseur devrait accomplir le rite de réconciliation pour parfaire sa démarche et obtenir le pardon. Ce rite se déroulait en un endroit sacré, devant la communauté et l'officiant (mystagogue) qui présidait la cérémonie. Les formules d'aveu, les attitudes du pénitent, les sévices corporels, les matières et objets utilisés et leur symbolisme ainsi que les gestes et formules que prononce l'officiant pour purifier le pénitent diffèrent suivant les tribus. L'aveu est toujours suivi des conseils et des admonitions sévères pour aider à la conversion définitive. Il s'accompagne des rites parmi lesquels l'on doit signaler notamment : la cérémonie ritualisée de la bénédiction et du grand pardon ; le repas festif et communautaire, symbole de joie d'avoir recouvert la bonne situation d'avant la faute et d'avoir réconcilié les membres d'une communauté ; le paiement des honoraires à l'officiant; le rite d'apaisement des fétiches vengeurs ou des esprits lorsqu'on est maudit par l'offensé.

COMPASSION POUR L’AFRIQUE. A propos du 2e synode africain

Le continent noir figure de nouveau au cœur des préoccupations de l’Eglise. C’est un signe qui ne trompe pas, mais surtout un signal fort qui interpelle gravement. Il y a eu le synode de 1994, prophétiquement convoqué par le Serviteur de Dieu Jean-Paul II. Animé par la même sollicitude pastorale envers les peuples d’Afrique, le pape Benoît XVI, dans la continuité du premier synode, tourne les yeux de l’Eglise entière vers le continent africain, qu’il a visité en mars dernier. Quinze ans à peine après le premier synode continental, cet événement démontre la compassion de l’Eglise pour cette partie du globe connue pour ses malheurs. La RD Congo y délègue une dizaine d’Evêques, accompagnés de quelques experts. Le thème retenu trace le chemin à suivre pour sortir de l’auberge : réconciliation, justice et paix. Il s’agit d’une trilogie indispensable pour que notre continent cesse de refléter l’image ignominieuse qui colle à sa peau depuis des décennies. A la veille de cet événement grandiose qui se tiendra à Rome du 5 au 25 octobre prochain, j’invite à cerner sa grandeur, à prier et à réfléchir.
Mgr Fulgence Non pas un sommet sur l’Afrique, mais un synode continental
Les puissants de ce monde multiplient les sommets quand une situation est explosive dans un coin du globe ou quand ils cherchent une solution à un problème crucial. Au terme, ils font des déclarations tapageuses. Ils prennent de grandes décisions et font des promesses. La suite n’est pas nécessairement ce qu’on promet, pas toujours en tout cas. L’Eglise, elle, choisit la voie synodale. C’est celle-ci qui lui est propre, conforme à sa tradition, à ce qu’elle croit. Elle opte pour faire chemin avec le peuple africain, à travers ses pasteurs les Evêques, accompagnés de quelques-uns de leurs homologues d’Eglises sœurs et de quelques experts. « Faire chemin avec » est non seulement un signe d’humilité pour l’Eglise, mais aussi de respect pour les populations du continent. D’une part, l’Eglise ne prétend pas apporter des solutions magiques aux épineux problèmes qui étranglent l’Afrique. Elle veut plutôt exprimer sa compassion pour les multiples souffrances des habitants du continent noir et, en même temps, proposer les valeurs fondamentales sans lesquelles il ne peut être possible de parler d’une Afrique debout. C’est un regard de foi qu’elle jette sur ce continent. Pour elle, en effet, la réconciliation, la paix et la justice sont incontournables pour le développement réel des populations africaines. D’autre part, l’Eglise ne veut rien imposer au peuple africain. Elle veut cheminer avec les Africains eux-mêmes pour réfléchir sur la complexité des problèmes qui sont les leurs et, indubitablement, trouver ensemble des voies de sortie de crise, à la lumière de la parole de Dieu et de tout ce qui constitue le patrimoine de l’Eglise. En d’autres termes, l’Eglise responsabilise les Africains, leur fait confiance et les accompagne avec sollicitude. Ce « faire chemin ensemble » a commencé il y a quelque temps. Outre le travail d’un comité africain pour le synode, qui travaille depuis des années, des baptisés ont été consultés à tous les niveaux (Cfr Lineamenta). C’est sur base de leurs réponses qu’un instrument de travail a été produit. Cet Instrumentum laboris va constituer le point de départ des échanges, en plénières et en carrefours, qui aboutiront aux résolutions à soumettre au Saint-Père. Après les avoir examinées, enrichies et ou améliorées, celui-ci les promulguera dans une exhortation post-synodale. C’est dire à quel point la voie synodale est une démarche collective, de communion dans la foi et de la recherche ensemble. C’est, précisément, non seulement une mise en application de la collégialité épiscopale, mais aussi un exercice de la coresponsabilité en Eglise, un acte de solidarité fort significatif. Le tout est couronné par la sollicitude pastorale du pape qui, en personne, préside l’eucharistie d’ouverture et celle de clôture, mais aussi prend part à tous les travaux.

La pertinence du thème
« L’Eglise en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix ». Ainsi est formulé le premier énoncé thématique du prochain synode africain. Il est porté par une parole du Christ qui indique, en elle-même, un projet de vie et responsabilise avec insistance les chrétiens et chrétiennes du continent en rappelant leur identité : « Vous êtes le sel de la terre… Vous êtes la lumière du monde » (Mt 5, 13.14). Au regard de la situation générale du continent africain, un tel thème est d’une pertinence manifeste. En effet, alors que les peuples d’autres continents jouissent généralement de la paix, du développement et du progrès social, les populations africaines, elles, n’en finissent pas de croupir dans la misère. Leur lot de malheurs rivalise avec d’innombrables ratés aussi bien au plan économique que politique. Les coups d’Etat, les révisions constitutionnelles au profit d’une classe politique décriée, les guerres, les violations des droits humains, la misère, la corruption, la mal gouvernance, les détournements des deniers publics, le manque d’accès à l’eau potable et à l’électricité, la famine, les conflits ethniques, les maladies comme le Sida, le paludisme, la tuberculose, etc. l’analphabétisme, le manque d’infrastructures sociales de base, le chômage, le manque de logement, la pauvreté, l’intolérance, le tribalisme, le pillage des ressources naturelles, la fuite des cerveaux, les entorses à la démocratie, etc. sont quelques-uns des fléaux qui rongent le continent noir. Comme le bon Samaritain qui, selon la parabole de Jésus, descendait de Jérusalem à Jéricho (Cfr Lc 10, 30-37), l’Eglise invite le monde entier à venir au secours du continent en péril. Elle ne cède pas pour autant au pessimisme ni ne succombe au misérabilisme. Par contre, elle invite à affronter courageusement les problèmes réels de ce continent, qu’on tend à oublier, et où les ravages d’une mondialisation sauvage sont plus que criants. Au contraire de certaines institutions nationales et internationales qui abordent les problèmes africains en soufflant le chaud et le froid pour des raisons qui leur sont propres, l’Eglise, elle, affirme haut et fort que sans la réconciliation des peuples, de chacun des Africains avec lui-même, le continent noir ne cessera jamais de figurer sur la liste noire des perpétuels assistés et des misérables. Sans la paix, il ne peut y avoir ni développement, ni démocratie, ni progrès social. Sans la justice, l’Afrique ne peut connaître une paix durable et ne peut prétendre entrer en compétition avec les autres continents.

L’Afrique devant ses responsabilités
L’Eglise est loin de se faire des illusions sur ce qu’il est convenu d’appeler la problématique africaine. En convoquant ce synode, le Pape demeure convaincu que c’est d’abord aux Africains eux-mêmes de trouver des solutions à leurs problèmes. Face aux cris de misère et de détresse issus de beaucoup de coins d’Afrique, le Saint-Père dit aux Africains à peu près ceci : « Donnez leur vous-mêmes à manger… » (Mc 6, 37). A travers ses pasteurs, c’est toute l’Afrique qui est invitée à trouver des solutions à ses problèmes. C’est dire que la réconciliation, la justice et la paix sont une affaire de tous. Les responsables politiques ont sans doute une responsabilité importante, mais ils ne sont pas les seuls. L’Eglise pense qu’il faut que tout le monde s’engage dans la voie de la réconciliation, de la justice et de la paix. Comment ne pas s’étonner devant l’indifférence ou le silence qu’affichent certains pays africains vis-à-vis de leurs pairs en proie aux conflits armés ? Comment ne pas non plus condamner ces pays qui s’érigent en sanctuaires de rebellions pour déstabiliser leurs voisins ? C’est nous-mêmes Africains qui devons prendre le taureau par les cornes. Toutefois, cette responsabilisation de l’Afrique n’épargne pas les acteurs non africains qui, très souvent, influent, parfois de manière décisive, sur les problèmes africains. C’est pourquoi, les conclusions de ce synode ne concerneront pas seulement les catholiques, moins encore ceux d’Afrique seulement. Elles seront adressées à toute la communauté humaine, pour que chacun tire sa responsabilité sur ce qui se passe en Afrique. Nos politiciens, en particulier, doivent se sentir très concernés.

Un synode de tous les espoirs, mais sans illusions
L’acuité des problèmes de sécurité, de stabilité sociale, de développement et de démocratie dans beaucoup de pays africains suscite beaucoup d’espoirs par rapport au prochain synode africain. Les attentes des populations africaines sont nombreuses. Celles-ci croient que ce sera, peut-être, l’occasion d’entendre un discours à nouveaux frais sur la paix, la justice et la réconciliation en Afrique. Elles attendent une analyse rigoureuse qui cerne les vrais enjeux, c’est-à-dire un examen sans complaisance, sans hypocrisie, dépourvu d’inutiles redites ou de formules classiques comme on en entend souvent dans les milieux politiques. Elles souhaitent surtout qu’au-delà des recommandations, des actions courageuses soient entreprises pour que règnent la paix et la justice dans ce continent qui n’a que trop souffert. Toutefois, les Africains ne se font guère d’illusions. L’entreprise est complexe. Nos populations espèrent un nouveau départ pour le continent noir. D’une part, à l’instar de la parole de Dieu (Cfr Is 55, 10-11), les initiatives de l’Eglise ne restent pas sans effets. D’autre part, « l’espérance ne déçoit point » (Rm 5,5). Mais ceci n’est pas un excès de candeur. Car, en effet, la tourmente qui enivre l’Afrique recèle les intérêts de certains autochtones et étrangers qui, sûrement, ne lâcheront pas prise devant les appels du Pape et des Pères synodaux. L’exemple des guerres de la République démocratique du Congo(RDC) est, à cet égard, fort éloquent. D’une part, les guerres qui déchirent de nombreux pays africains ont leurs seigneurs locaux, mais aussi, très souvent, leurs parrains étrangers. Elles prétextent d’être des guerres politiques et idéologiques, mais sont, en réalité, des guerres des ressources naturelles et d’hégémonie. Assez souvent, le retour de la paix dépend plus, en règle générale, de la volonté des parrains occultes que de leurs filleuls qu’ils manipulent à souhait. Les participants au synode devraient s’efforcer de remonter la filière de nos conflits pour mettre le doigt sur les vrais acteurs qui tirent les ficelles dans l’ombre en sacrifiant de nombreuses vies humaines. L’Eglise doit user de son courage prophétique pour dire ce que les milieux politiques, par exemple, se refusent de révéler au grand public. D’autre part, des réseaux maffieux étrangers et des industries d’armement, agissant en complicité avec des acteurs autochtones, prennent parfois en otage des populations entières de certaines parties du continent africain au nom de leurs seuls intérêts égoïstes. Ils organisent le trafic d’armes et arment les milices pour tuer. De fois, elles poussent leur cupidité jusqu’à fabriquer des armes pour enfants soldats. L’Afrique des Grands Lacs est témoin de ces horreurs dont les victimes se chiffrent en millions de morts. Le regard de l’Eglise africaine en synode doit également être dirigé vers ces milieux, afin de donner un signal fort pour que cesse cette barbarie. L’enjeu économique est sans nul doute le dénominateur commun des problèmes de justice, de paix et de réconciliation en Afrique (Cfr Lineamenta, n.16). Le synode gagnerait à l’aborder sans froid aux yeux. Le pape Benoît XVI en a donné le ton dans son encyclique Caritas in veritate. Au regard de la croissance de la pauvreté en Afrique, il est important que les Pères synodaux approfondissent la problématique des injustices du nouvel ordre mondial, de la coopération boiteuse et de l’inefficacité de l’aide. Le changement des règles de jeu dans le commerce mondial est une nécessité pour que la paix règne en Afrique. Aussi, est-il important que les Africains, eux aussi, sachent que la pauvreté ne doit pas servir de prétexte pour justifier la violence. Ils ont intérêt à comprendre que le chemin de la tolérance, de la justice, de la paix et du dialogue est le plus noble pour honorer la grandeur de l’homme en toutes circonstances. En outre, il est de plus en plus notoire que certaines institutions internationales sont frappées d’inefficacité et de manque de crédibilité dans leur mission de paix. Il n’est un secret pour personne : les bataillons de l’ONU envoyés dans les zones des conflits en Afrique ne viennent pas que pour rétablir la paix. En effet, sans mettre en doute la bonne foi des institutions internationales qui s’activent pour la paix en Afrique, il faut avouer que des ratés, pour ne pas dire des échecs, se multiplient. Les compromissions d’ordre moral sont de plus en plus signalées. La composition même des troupes de la paix envoyées au secours des populations en conflits reflète un problème éthique qu’on ne saurait escamoter. Il est utile que le synode adresse une parole prophétique à ces institutions. Certaines donnent l’impression de compliquer la paix plutôt que de la rétablir. Il est également impérieux que l’Eglise africaine rectifie ses stratégies pastorales de la réconciliation, de la paix et de la justice. Elle ne peut plus se contenter de faire fonctionner les Commissions Justice et Paix et de voler au secours des sinistrés de guerres à travers le réseau Caritas. D’une part, en plus d’organiser des actions de prévention des conflits, il me semble qu’elle doit marquer, de façon significative, sa présence prophétique dans les hauts milieux où se prennent les grandes décisions sur la paix et la justice en Afrique. Elle doit sérieusement envisager sa participation active aux assises de l’Union Africaine, des associations régionales de politique et d’économie, des ONG, etc. Par-dessus tout, mieux qu’elle ne le fait déjà, elle doit activer le plaidoyer et le dialogue pour la paix, la justice et la réconciliation en direction des grands « décideurs » du monde. Sa voix compte beaucoup. D’autre part, consciente que l’exploitation des ressources naturelles est de plus en plus le nerf de la guerre en Afrique, elle doit inclure cette question dans sa pastorale d’ensemble pour préserver la paix des populations.

En guise de conclusion, le prochain synode sur l’Afrique est un grand rendez-vous qui marquera sans doute l’histoire de notre continent. C’est un témoignage de solidarité et de compassion de toute l’Eglise à l’égard des populations africaines. Il prononcera une parole forte sur l’Afrique, qu’on aurait intérêt à traduire en actes. Il est temps que chacun de nous prie pour son succès et s’engage dans la voie de la réconciliation, la justice, la paix, la tolérance et le dialogue. C’est la meilleurs façon, pour nous, d’être sel de la terre et lumière du monde. Et ce n’est pas impossible.

Fulgence MUTEBA MUGALU
Evêque de Kilwa-Kasenga/RDC
Président de la Commission épiscopale pour la communication sociale(CECOS)

Contrats chinois: Un autre chemin est possible

Editorial de Luapula-Moero
La RD Congo franchira, l’an prochain, le cap du cinquantenaire de l’indépendance. Un demi-siècle riche en événements et en leçons, mais fort peu glorieux aux plans politique, économique et social. Confl its armés, débâcle économique, corruption, fraude, pillage, baisse constante du niveau de vie, clochardisation du peuple, désordre organisationnel, écrasante dette extérieure, etc. sont quelques-unes des caractéristiques des cinquante dernières années dans notre pays. Le secteur économique est le plus à plaindre. Malgré la présence d’innombrables ressources naturelles et en dépit de l’interventionnisme des institutions financières internationales, le bilan, il faut l’avouer, est largement négatif. Par contre, ce bilan est étrangement impressionnant dans la créativité artistique, en particulier en musique, et dans la prolixité religieuse. Un autre chemin est (pourtant) possible pour le Congo. Entrepreneur chinois et cadre congolais La chinafrique, entendue dans le sens de la (nouvelle) coopération entre la Chine et l’Afrique avec ses ombres et ses clairs, se propose comme une nouvelle alternative économique qui séduit beaucoup de pays africains, y compris le nôtre. Face aux résultats décevants des modèles économiques préconisés jusqu’à présent, Luapula-Moero l’estime charmante, mais provisoire, si du moins on veut un développement réel. Pour être profi table à la RD Congo, la chinafrique doit être humanisée. On doit lui ôter ses pièges et ses illusions, défaire ses noeuds. Pour nous, elle n’est qu’un provisoire qu’il serait naïf de croire comme un modèle parfait, défi nitif. Elle va peutêtre nous donner des infrastructures dont nous avons besoin pour décoller, mais pas à n’importe quel prix. Le « gagnant-gagnant » qu’elle nous miroite doit être une réalité qui ne dénie pas la valeur précieuse et le caractère stratégique des produits que la Chine va ramasser chez nous. Aussi est-il utile de souligner que la population congolaise exige de la transparence dans la gestion des contrats avec la Chine. Dans ce pays où le peuple est souvent désabusé, hier est différent d’aujourd’hui. Il est, dès lors, politiquement inopportun sinon imprudent d’entretenir le mystère sur les tenants et les aboutissants de la chinafrique chez nous. En outre, il va de soi que céder aveuglement et trop rapidement aux charmes du nouvel allié est un énorme risque. Ses manoeuvres de séduction, ses facilités diplomatiques, ses prébendes, sa rapidité de décaissement… sont trop simplifi ées pour être convaincantes. Le jeu d’intérêts a encore de longs jours dans l’histoire des nations. Il faut donc purifi er la chinafrique en RD Congo et avancer. L’avènement du nouveau partenaire chinois fâche les alliés de toujours. Tout se passe comme dans une histoire d’amour. Il ne peut en être autrement. « Katanga business », un fi lm du belge Thierry Michel, n’en est qu’une illustration. Ce film interpelle gravement. Il véhicule beaucoup de messages et nous donne l’occasion de nous mirer dans nos faiblesses en tant qu’Etat. Il suscite aussi la polémique, bien entendu en sourdine, mais de façon inévitable, si du moins on sait lire entre les lignes. Au demeurant, la RD Congo doit affronter la colère des bailleurs traditionnels, ménager sa monture et tenter de contourner les obstacles qu’ils érigent sur son chemin du progrès. Parmi ces obstacles, il y a la dette extérieure. Elle pèse 11, 2 milliards de dollars américains. Chaque mois, le gouvernement congolais est obligé de décaisser des millions de dollars pour la payer progressivement. Il sort 4 dollars contre un seul encaissé dans le passé et utilisé, dans la plupart des cas, pour fi nancer des éléphants blancs. Les parrains prétendent craindre l’aggravation de cette fameuse dette si la RD Congo bénéfi cie de la manne chinoise qui se chiffre en milliards de dollars. Le débat est houleux. Du côté des alliés historiques, il est ponctué des menaces à peine voilées, des mises en garde et parfois des promesses de représailles enrobées dans ce qui se présente comme des conseils avisés. Au moment où beaucoup de Congolais mesurent mal l’enjeu d’un tel débat qui engage pourtant leur avenir, en toute modestie, Luapula-Moero s’est risqué d’émettre un point de vue, à partir du monde rural qui est le sien. Son équipe de rédaction est convaincue que le seul vrai chemin pour le décollage économique de la RD Congo n’est ni la copie conforme du succès des pays développés, ni le suivisme aveugle des pays émergents, moins encore l’application docile des oukases des institutions internationales comme le FMI et autres du même genre. Le seul vrai, c’est le sien propre qu’elle doit inventer en valorisant la notion du travail et en se lançant dans la production économique basée sur ses richesses naturelles. Le pari du deuxième cinquantenaire de l’indépendance est à ce prix. Dans la mesure où la chinafrique peut tout au moins nous donner des infrastructures de base et la technologie sans que nous soyons obligés d’épuiser toutes les réserves du cuivre et du cobalt du Katanga, alors elle peut constituer un prélude à cette production économique salvatrice. Il faut avancer !
L’Evêque

IL FAUT SAUVER LES PYGMEES DU TERRITOIRE DE PWETO AU KATANGA
Dans le groupement de Mwenge, territoire de Pweto au Katanga, habite une population pygmées appelés localement «Batembo». ils étaient quelques milliers avant la rébellion du seigneur de guerre Kyungu Gédéon. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 400 à 500 familles.
Sortis de la forêt du «triangle de la mort» suite aux exactions de miliciens, ils tentent difficilement leur insertionb dans les villages de la région. Ils sont victimes de stigmatisation et, parfois, de l’exclusion qui les condamnent à l’errance comme récemment à Kaswete.

Une cible privilégiée des hommes de Gédéon
Les «Batembo» de la partie nord du diocèse de Kilwa-Kasenga ont subi de nombreuses exactions de la part des miliciens de Gédéon qui ont semé la terreur dans région jusqu’en mai 2006. D’une part, ils étaient soupçonnés de posséder des «gris gris» plutôt redoutables.
Superstitieux et gagnés à l’idéologie magico-religieuse de la guerre, les miliciens les estimaient capable de leur opposer une certaine résistance. Apparemment, ils ont monté un plan de les éliminer tous. Il fallait étouffer le poussin dans l’œuf. D’autre part, au nom de la croyance selon laquelle manger un cœur vaillant c’est s’emparer de sa «puissance», les miliciens ont organisé la chasse aux pygmées, réputés pour leurs capacités exceptionnelles à surmonter les hostilités de la nature.
Les «batembo» ont ainsi été victimes non seulement de tueries, mais aussi des mutilations d’une rare atrocité dont certains témoins portent encore des signes corporels aujourd’hui.
A la fin des conflits armés, en 2006, leur nombre avait considérablement diminué. Traumatisés, ils ont choisi d’abandonner le forêt pour s’installer à proximité de certains villages du groupement Mwenge, dans l’espoir de bénéficier de plus de sécurité et de mener un nouveau mode de vie.

Stigmatisation et errance
Alors que le calme est revenu dans la région depuis la reddition de Gédéon et ses hommes en mai 2006, les «batembo» font face à d’autres réalités.
La cohabitation avec les habitants de certains villages n’est pas partout aisée. Même s’ils les fréquentent et sollicitent parfois leurs services, les gens des villages, c’est-à-dire les bantu, les considèrent souvent comme des «sauvages», des sous-hommes ou des primitifs.
De nombreux préjugés, même les plus fantaisistes, existent à leur sujet. En règle générale, ils sont victimes de mépris, de stigmatisation, de xénophobie et parfois d’exclusion. Il y a quelque temps dans le village Kaswete, un membre de la communauté pygmée a gagné une petite somme d’argent au terme d’un contrat dans une société prospectant les minerais dans cette contrée. Le chef de groupement Mwenge lui a exigé la moitié de cet argent. Devant le refus de cet homme, le chef l’a fait flageller et lui a tout arraché. Bien qu’il existe des villages où la tension sociale entre «batembo» et bantu est fort peu perceptible comme par exemple à Mukunda, les relations entre ces deux communautés sont généralement déséquilibrées.

Très souvent, les «batembo» servent de boucs émissaires. On les croit à la base de tous les malheurs qui s’abattent sur les villages. Il arrive qu’ils soient sommés de quitter un village et ainsi.
Récemment toujours à Kaswete, un feu de brousse a incendié quelques champs du village, dont l’un était couvert de chanvre. Les pygmées ont été accusés d’être les auteurs de cet incendie. En représailles, l’autorité coutumière du groupement a ordonné qu’on les dépouille de leurs biens et surtout de l’aide humanitaire qu’ils venaient de la Caritas américaine (CRS). Bien plus, tous les hommes ont été torturés, tabassés, et, par surcroît, sommés de quitter définitivement ce village. D’autres sont en quête d’un lieu de refuge jusqu’à ce jour.
Six familles arrivées à Dubie (470 km de Lubumbashi) s’abritent sous de vieux manguiers et passent la nuit à la belle étoile.

Il faut les sauver!
Les «Batembo» du groupement de Mwenge sont une minorité menacée de disparition. Pourtant citoyens congolais et Katangais comme les Bantu, ils sont marginalisés et humiliés. L’Eglise diocésaine, à travers la commission «Justice et Paix» ainsi que caritas-développement, tente de s’activer auprès d’eux.
Au nom de leur dignité humaine, nous ressentons le besoin de les sauver. Nous travaillons avec les gens de tous les villages de la contrée pour faciliter leur insertion harmonieuse et protéger leurs droits. Entreprises certes titanesque, mais possible et combien indispensable. Les préjugés, la xénophobie, le mépris et l’exclusion sont contraires au message de l’Evangile et aux valeurs universelles.
Il faut sauver les «batembo». Aidez-nous à les aider.

Fait à Kilwa (Katanga), le 13 septembre 2008
+ Fulgence MUTEBA
Evêque de Kilwa-Kasenga