JUSTICE ET PAIX
Un rêve en voie de réalisation chez les pygmées
Après plusieurs décennies vécues dans la forêt de Manono et Pweto, les pygmées du Katanga
appelés localement « BATEMBO » sont en quête d’un milieu plus hospitalier pour leur survie. Ils sont restés longtemps nomades, vivant de la chasse et de la cueillette, produits troqués auprès des villageois bantu contre la farine et autres besoins élémentaires de première nécessité : une vie de misère de tout genre menée sous les intempéries, sans soins de santé primaire, sans habits ni couvertures, sans scolarisation de la jeunesse, etc.
Ces frères et sœurs presque rejetés!
En dépit de tout, les Batembo souffrent surtout de l’humiliation ; ils sont traités
de sous hommes par les bantu. La cohabitation de deux groupes reste encore à négocier, encore moins le mariage interethnique. Les atrocités de la dernière guerre restent encore gravées dans
leur mémoire : hommes, femmes et enfants massacrés sauvagement par les hommes de la milice de Gédéon ; femmes et filles violées sans vergogne, d’autres encore mutilées de sexe… Ces traumatismes sont restés sans soins. La famine, fruit généralement récolté dans tout milieu victime de guerre, devient plus cruelle chez les « BATEMBO » qui, au départ ne sont pas des agriculteurs. Ils sont plus que condamnés à survivre aux dépens des villageois, eux-mêmes frappés par la sous alimentation
généralisée à travers toute la contrée baptisée « Triangle de la mort ». Les quelques familles rescapées ne peuvent que se déplacer vers d’autres horizons voisins, avec l’espoir de trouver hospitalité auprès des partenaires plus humains pouvant leur réserver accueil et assistance. Le dénombrement partiel effectué en Août 2008 par un enseignant volontaire
donne les effectifs globaux ci après :
A la chefferie de Kyona-Nzini, sur 59 ménages, il ya un total de 204 individus dont 47 hommes et 49 femmes accompagnés de 108 enfants filles et garçons âgés respectivement de 0 à 5 ans et de 6 à 17 ans.
A la chefferie de Mwenge, sur 613 ménages, il ya un total de 2634 individus dont 594 hommes et 634 femmes accompagnés de 1406 enfants.
Ce qui fait en tout un total de 2838 individus
Tous ces frères congolais, Katangais par surcroît, sont considérés par les bantu comme des sauvages, des sous-hommes, des primitifs. Ils souffrent de l’humiliation voire même, ils ne sont pas acceptés.
Suite à la déclaration de Monseigneur Fulgence MUTEBA, prenant défense de cette minorité
ethnique, un groupe de 6 familles est arrivé à Dubie en septembre dernier.
Il fut d’abord reçu en particulier par le chef de terre et le chef du village Ndubye. Ensuite,l’Eglise catholique locale se mobilisa et se déchaîna pour solliciter en leur faveur un terrain d’habitation, quelques vivres et quelques habits. La nouvelle de ce bon accueil se répercuta dans la contrée de
Mwenge. Une semaine plus tard, une seconde vague de 18 familles arriva d’une manière
inattendue, 128 personnes furent à charge d’une organisation paroissiale improvisée
dont font partie la communauté des Sœurs Franciscaines et quelques laïcs. Très vite, ladite
organisation à la manière militaire s’assigna quelques objectifs globaux pour mieux gérer ces misérables hôtes à savoir :
Intégrer socialement les arrivants (Batembo) en créant et renforçant un environnement
d’acceptation mutuelle des deux groupes Bantu et Batembo. Que les deux communautés
puissent cohabiter, sans distinction d’origine.
Contribuer activement au renforcement des capacités des acteurs de la société civile
en matière de défense des droits humains et ceux des enfants en particulier des « Batembo
» discriminés.
Organiser un processus de sédentarisation des Batembo par l’animation et l’initation
à l’agriculture, appuyée par la fourniture des intrants et des semences.
Assurer la stratégie de permanence sur terrain pour un suivi quotidien.
Activités réalisées
Pour un cheminement coordonné, on a réussi à recruter un technicien gradué en sciences de développement qui met en application les connaissances acquises à l’I.S.I.M
(Institut Supérieur Interdiocésain Monseigneur Mulolwa de Lubumbashi)
Des terres arables sollicitées de l’autorité coutumière nous ont été accordées. Nous avons obtenu 350 ha et plus.
281 enfants Batembo sont inscrits à l’école primaire dont 62 dans une seule école de Dubie centre.
Des campagnes sur la cohabitation pacifique, l’assainissement du milieu vital sont organisées
dans toutes les deux communautés.
Persuader les autorités administratives locales à réserver un intérêt particulier à ce groupe minoritaire qui ne connait pas encore aucune loi du pays.
Intéresser les ONG opérant dans la contrée afin que chacune, dans son domaine daigne s’activer
en faveur de ce peuple.
Résultats obtenus
Au terme de huit mois de dur labeur, nous pouvons présenter un bilan que nous estimons encourageant:
a) Plan organisationnel : il y a naissance au niveau paroissial d’une ONG locale (Action pour
l’Intégration et la Protection des Batembo, APIPB en sigle). C’est un organe de liaison, d’animation et de partecipation à la sédentarisation des minorités pygmées du territoire de Pweto.
L’administration se présente de la manière suivante:
1. Directrice : Soeur Théodora, fmm
2. Secrétaire financier : Soeur Brigite Nsenga,fmm
3. Technicien de terrain : Mr Gilbert Mpweto Muyembe
4. Conseiller et personne ressource : Mr Gilbert Kabela
5. Animateurs agricoles : Mr Mwenge Jean et Mr Kayumba
6. Logisticien : Mulundu Théophile.
Hormis le technicien, les deux animateurs et le logisticien qui reçoivent une petite prime issue
de l’autofinancement et de quelques dons des amis, tous les autres membres travaillent bénévolement.
a) Le conseiller et personne ressource est en même temps point focal des Batembo. Il a entretenu
des relations d’apprivoisement avec eux à tel point qu’ils les considèrent comme leur
chef particulier.<
b) Animation agricole : Les 22 familles installées à Dubie depuis le mois d’octobre 2008 ont labouré
et semé dans une rizière commune de plus d’un hectare. Les récoltes très fructueuses sont en cours. Un autre hectare de patates douces sera bientôt récolté, ce qui va agrémenter les différentes cuisines.
Chaque famille a en plus cultivé en privé ½ ha de manioc associé au mais et aux légumes. Pour
la première fois de sa vie, un chef d’une famille a gagné un peu d’argent après avoir vendu ses
légumes. Tout le quartier en était informé .Ce fut un grand témoignage. De grands jardins potagers
seront exploités très prochainement.
c) Scolarisation : Sept élèves seulement sur soixante-deux inscrits à Dubie ont abandonné l’école. Ils étaient trop âgés pour l’école primaire. 219 autres enfants continuent leur scolarisation et les résultats obtenus aux deux trimestres sont satisfaisants.
d) Domaine sanitaire : Après plusieurs campagnes de sensibilisation, nos frères batembo fréquentent
le Centre de santé de Dubie. Les accouchements se font à la maternité où les bébés
sont vaccinés avant leur sortie d’hôpital.
Vingt-sept enfants souffrant de kwashiorkor reçoivent chaque jour un repas spécial de la part
d’APIPB.
e) Relations sociales : Bien que la stigmatisation ne soit pas encore totalement eff acée, ces
frères affi rment être mieux acceptés à Dubie qu’ailleurs comme à Mwenge, leur milieu d’origine.
Jusqu’à présent, la confi ance est réciproque entre les deux communautés. Elles utilisent
indistinctement les mêmes bornes fontaines pour puiser de l’eau et s’approvisionnent dans le
même marché. Dans beaucoup de familles, les Batembo sont invités par les bantu à partager le
même repas. Le traumatisme de la guerre jusqu’ici non soigné se mousse graduellement suite à l’acceptation déjà palpable. C’est une véritable transition. Nous pouvons confirmer que le rêve d’une vie sédentaire est en pleine concrétisation.
f) Encadrement administratif et sécuritaire : La visite officielle de l’autorité coutumière et du chef de collectivité Kyona-Nzini fut pour les Batembo une preuve supplémentaire du degré de leur considération. Ils en sont très marqués et continuent à déclarer : « Jamais durant notre
vie, ce geste n’a été posé. Nous en sommes très émus ». On ne sait pas expliquer comment des
messages sont transmis à ceux qui sont restés dans les villages lointains et dans la forêt. Ils arrivent
par familles chaque deux ou trois jours. Le nouveau village compte aujourd’hui plus de 400
personnes. On prépare déjà un second camp pour accueillir les prochains déplacés qui n’attendaient
que la fi n de l’année scolaire.
Difficultés rencontrées
L’intégration des Batembo pouvait mieux se faire si les obstacles ci-après étaient levés. Il s’agit
de :
Absence des vivres à distribuer aux nouveaux venus qui connaissent les mêmes conditions que les déplacés de guerre.
Absence des fonds pour aider les différents ménages à bâtir des maisons plus accueillantes. Ils sont en mesure de mouler les briques, mais incapables de payer le maçon et le charpentier.
Absence de semences et autres outils pour faciliter la culture maraîchère.
Absence de matériel sportif et matériel audiovisuel pour assurer toutes formes d’animations.
L’arrivée prochaine d’autres familles compliquera davantage la besogne.
Desiderata enregistrés
A travers nos différents entretiens, les frères Batembo manifestent un désir de savoir lire et écrire surtout savoir compter. L’APIPB compte organiser l’alphabétisation des adultes à partire Juillet 2009. Quant aux femmes, elles veulent à tout prix apprendre comment préparer le condiment à la manière "des villageoises". Privés de la viande de chasse, ils souhaitent élever les
animaux domestiques (moutons, chèvres, poules, pigeons, lapins, etc.). Nous invitons toute personne de bonne volonté à soutenir ce peuple qui aspire à une meilleure vie que celle de la forêt natale.
Soeur Théodora, fmm/ Dubie.
Alerte :La commission diocésaine Justice et Paix dénonce
Organe diocésain des droits humains, d’éducation civique, d’initiation à la citoyenneté, à la démocratie et à la bonne gouvernance, la commission Justice et Paix est à pied d’œuvre dans toutes les nos paroisses. Elle porte à la connaissance des responsables politiques et des hommes de bonne volonté quelques faits inquiétants qui nécessitent que justice soit rendue et les droits humains respectés.
Injustice, terreur policière et viol d’une fille de 13 ans à Kundelungu
Depuis la liquidation judiciaire du groupe de GLM (Groupe Litho Moboti), un tiraillement oppose les anciens employés de Kundelungu et le liquidateur. Ces employés qui ont passé 20, 30 voire 50 ans de service au plateau de Kundelungu sont victimes d’une escroquerie au sujet de leur décompte final. Ils ont été payés en monnaie de singe, qui 250, 300, 500 dollars pour des décennies de service.
Pendant que le procès est en cours, un nouveau propriétaire arrive. Il engage des pourparlers pour récupérer pâturages et biens immobiliers.
Il a tendance à utiliser la force. Quelques actes de violence sont enregistrés. Ce sont les policiers venus de Kilwa, envoyés par les gestionnaires qui en sont les auteurs. La brutalité s’installe, alors que l’évêque du diocèse, intervenu pour défendre les petits, a convenu avec les gestionnaires de continuer à dialoguer jusqu’à trouver une solution à l’amiable. Dans leur témérité, les gestionnaires du nouveau propriétaire utilisent abusivement la lettre que l’évêque a adressée aux habitants de Kundelungu pour les calmer. Ils la détournent de ses objectifs et optent pour la violence. Dans leur entêtement et contrairement aux vœux de l’évêque, ils font appel aux policiers et même aux militaires pour déloger les gens de force.
Pire, les policiers sèment la terreur au plateau. L’un d’eux s’est jeté sur la jeune fille MAUWA, une fille de treize ans. Il l’a violée systématiquement et bestialement. Sa mère a été jetée au cachot. On se croirait, hélas, dans un territoire de FDLR ! Gravement blessée dans sa dignité, la pauvre Mauwa a été envoyée à Lubumbashi pour suivre les soins.
Les actes de violence s’est multiplie sur le plateau de Kundelungu. Pour y faire face, les élèves se sont révoltés. Trois d’entre eux ont été copieusement tabassés puis mis aux arrêts. Terreur policière oblige ! le plus navrant est que les auteurs de tous ces actes de barbarie circulent en toute liberté. Justice et paix s’indigne et dénonce ces méfaits. Elle crie justice. Elle exige que la rigueur de la loi soit appliquée, la justice rendue aux pauvres gens et la paix rétablie sur le plateau de Kundelungu.
Madame KAMWANYA du village Kampangwe portée disparue
Depuis le 22 juin 2008, à Kampangwe, village du territoire de Pweto, chefferie Kyona Nzini dans le Buzela, Madame Kamwanya, détenue dans un cachot illégal du même village est portée disparue. La pauvre dame a été mise aux arrêts pour avoir commis l’adultère. Un policier nommé Kayeye, placé sous l’autorité du greffier Kanshe de la chefferie Kyona, était commis à sa garde. Rien n’a été révélé sur la façon dont elle a été traitée pendant sa détention.
Il serait étonnant qu’elle n’ait subi torture et autres abus violant sa dignité. A la surprise générale, cette pauvre dame a disparu depuis le 22 juin 2008. Personne n’en parle et ne veut en parler. Le seul constat est que le tribunal auxiliaire placé à Kampangwe, qui l’a condamnée, a cessé de fonctionner. Le policier et le greffier ne s’y présentent plus. Au moment où nous griffonnons ces lignes, on est sans nouvelle da Madame Kamwanya.
Justice et Paix demande une enquête urgente. Que les autorités de la chefferie Kyona Nzini, du territoire de Pweto, du district du Haut-Katanga et de la province du Katanga s’y penchent. Elle les exhorte à faire un état des lieux sur la justice en milieu rural. L’énormité des abus de certains responsables terrorise les paisibles citoyens. Dans le cas d’espèce, il est utile qu’on lise l’épisode de la femme adultère (Jn 8,1-11).
Sans vouloir justifier le geste de Madame Kamwanya, qui peut prétendre être plus juste que Jésus qui n’a pas condamné la femme adultère(Jn 8,11) ? Nous exigeons qu’on retrouve Madame Kamwanya
Abbé Jean-Marie Kisupa
Directeur de la commission diocésaine Justice et Paix.
Encadré «La gouvernance participative devrait être une pratique de la démocratie locale. Elle devrait concerner non seulement la manière de gérer honnêtement les nouveaux espaces de pouvoir que les communautés ont conquis à travers les élections, mais aussi la prise en charge par chacun du souci du mieux être. La gouvernance participative devrait amener à améliorer la qualité collective de la vie des communautés et s’attacher aux valeurs fondatrices d’une société équilibrée, des valeurs chrétiennes»
(CENCO, ensemble pour un état de droit...)
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