A la une: Lire Dans "L’évêque nous parle""SEPT "L": Temoin révélateur du lien naturel des populations du Katanga.: 1.lire DANS COMMISSION JUSTICE ET PAIX: 1.CŒURS FANATIQUES, S’ABSTENIR… 2.KASUMBALESA, LA CORRUPTION PERSISTE 3. RUEE DANS LE BUSNESS MINIER ARTISANAL AU KATANGA 2.Lire Dans "PAGE RURALE": 1. LUAPULA : LE RETOUR DES ESPECES RARES 2. NORD-KATANGA ET LUALABA : IMPATIENCE DE VOIR LES 5 CHANTIERS. 3. PROBLEMATIQUE DE LA MECANISATION AGRICOLE EN R.D.CONGO 3.Lire Dans "LES BREVES": 1. KASENGA : SAINT GEORGES NEGOCIE SON DERNIER VIRAGE. ECHOS DE NOTRE DIASPORA: HONORABLE FIFI MASUKA : LA FORCE DE LA DEVOTION MARIALE 3.Dans "Société et Culture": LA REVOLUTION DU MONDE ARABE ET NOUS 4.Lire en évidence dans "LA COMMISSION PASTORALE ET CATECHESE": PROUVEZ-MOI QUE VOUS ETES CHRETIEN(NE)…  

























SOCIETE ET CULTURE

ON « CONGE », EN RD CONGO !

Le verbe « conger » n’existe pas en français. Mais au pays de la francophonie qu’est la RD Congo, la réalité qu’il exprime existe bel et bien. Elle fait partie du cours normal de la vie. « Conger » est un néologisme. C’est un verbe d’inaction désignant le fait, la tendance ou la mentalité, ou encore l’état d’esprit d’aimer les congés, de les inventer à la moindre occasion, même banale. Il s’agit d’une culture d’oisiveté, de fainéantise, de flânerie, du moindre effort, d’un repos injustifié ou peu justifiable. Quand on « conge », on fait la grâce matinée, on reste à la maison, on tourne les pousses, on poirote, on flâne, on regarde la télévision ou on écoute la radio le plus longtemps possible, on se la coule douce, etc. « Conger », c’est synonyme de paresser, de ne surtout pas travailler, de s’interdire de lire ou d’étudier.

Au pays de la la fête

Dans notre pays, on « conge » beaucoup, beaucoup trop souvent. Une victoire de l’équipe nationale de football au plan continental se fête en « congeant » pendant un ou deux jours. Si cette victoire tombe un vendredi, « on fait le pont » en « congeant » jusqu’au dimanche soir et on prolonge sur le lieu de travail avec la « lundiose ». En dehors de la victoire au foot, les prétextes pour « conger » ne manquent pas. La journée internationale de la femme, le 8 mars, en est un. Les femmes défilant dans l’euphorie, il faut des hommes pour les contempler, les applaudir et les accompagner dans la joie. Comme tout le monde croit que c’est si important de faire tout ça, on « conge ». Comme quoi, quand les femmes sont en fête, tout le monde est en fête, en congé. Une autre occasion de « conger » est la marche de soutien à un événement ou à une personnalité politique. En ville, les marches de soutien, qu’on croyait mortes avec Mobutu, ont refait surface, avec éclat. Quand on les organise, « on conge ». Dans nos villages, la visite d’un député ou d’un sénateur, qui se fait transporter sur un fauteuil garni de pagnes comme un colon, avant de tenir un meeting politique, est une occasion de « conger ». Les écoles, les marchés et les boutiques ferment. Toutes les couches de la population sont conviées à aller acclamer l’élu de la tribu et à danser jusqu’à se fatiguer, sous les feux des caméras. Comme il n’y a plus de honte à tout politiser dans ce pays, même les confessions religieuses sont invitées au rendez-vous. Celles créées et animées par les « stars de Dieu » ne résistent pas quelquefois. Elles marquent ostensiblement leur présence à la manifestation, en tenues officielles s’il vous plaît.

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LA REVOLUTION DU MONDE ARABE ET NOUS

Le séisme politique qui secoue le monde arabe n’a rien de banal. Une révolution contagieuse est en cours en Tunisie, Egypte, Lybie, etc. La magie des médias nous la fait vivre en direct, pas à pas. Plutôt que de se limiter à contempler ce qui se passe, en se murant dans l’indifférence, il est sage de s’interroger sur le message que nous adressent ces événements troublants.

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Combattre vigoureusement le viol: une tâche pour tous

la femme déshonorée Le viol, cette barbarie aveugle, est à combattre vigoureusement partout et par tous. Pour être efficace, cette lutte doit s’orienter non seulement vers les effets, mais aussi et surtout vers les causes qui engendrent cette barbarie. Il existe plusieurs causes favorisant le viol sur le sol congolais. En dehors des zones de conflits, nous en retenons trois qui, à notre humble avis, peuvent être considérées comme principales : la pauvreté, la croyance et la culture. Nous en voudrions pour preuve les quelques faits observés suivants :

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JOSEPH KABILA OFFRE DU CONCRET

Joseph Kabila, Président de la RDC en compagnie du Saint Père Benoit XVI

Depuis son accession à la magistrature suprême, le président Kabila ne cesse de surprendre. Les nombreuses prophéties apocalyptiques et pessimistes qui ont vu le jour à son avènement à la présidence de la RD Congo s’effondrent l’une après l’autre, de façon inattendue. Alors que Mobutu et les dirigeants du défunt régime avaient habitué le peuple congolais à un leadership de vantardise, de fausses promesses, de discours pompeux et d’un vain triomphalisme, Joseph Kabila, lui, s’efface et offre du concret. Il convainc par les œuvres. Peu loquace, il s’efforce de réaliser ce qu’il promet, lie la parole à l’acte, multiplie les réalisations concrètes. Réservé et discret, il tord le cou aux sceptiques en réalisant des œuvres grandioses au profit du peuple. Ce personnage est à tous égards fascinant. Son parcours à la présidence de la république se résume, jusqu’à présent, en deux mots : pacifier et reconstruire. Il appartient maintenant au peuple congolais de s’adapter à son rythme, d’entrer dans sa dynamique et de lui rendre l’ascenseur. lire l'article "JOSEPH KABILA OFFRE DU CONCRET"

RIEN QUE POUR REFLECHIR

POINT D’ACHEVEMENT: UN ESPOIR MITIGE

Point d'achevementdes pays pauvres très endettés L’annonce de l’effacement d’une partie de la dette extérieure de la RD Congo, chiffrée à quelques milliards de dollars américains, suscite un enthousiasme démesuré dans beaucoup de milieux. Les commentaires qui en résultent reflètent parfois un triomphalisme émotionnel et, en certains cas, atteignent la démesure. Le discours des officiels à ce propos court dangereusement le risque de faire croire au peuple congolais, qui n’y comprend pas grand-chose, que la fin de sa misère est proche. Et pourtant rien ou presque ne le présage, du moins dans l’immédiat. Il y a, bien sûr, beaucoup d’espoir à tourner une page noire de notre histoire, un espoir mitigé, mais aussi beaucoup d’illusions parce que la vraie bataille ne fait que commencer et elle doit affronter plusieurs défis incommensurables.

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CENI : QUI NE REGRETTERA PAS MALUMALU ?

Abbé Malu Malu La Commission Electorale Nationale Indépendante(CENI) remplacera bientôt la Commission Electorale Indépendante(CEI). A peine a-t-elle été promulguée par le Président de la république qu’elle peine à être constituée. Les politiciens qui doivent désigner ses membres tergiversent et s’arrachent les cheveux pour les dénicher. Ils triment à trouver sept hommes et femmes neutres, intègres, immaculés et crédibles autour desquels ils doivent établir un consensus avec leurs adversaires politiques. En excluant la société civile de leur CENI, ils pensaient bien faire en la politisant à outrance, comme s’ils voulaient la rendre manipulable, sans arbitre apolitique ; ce qui est naturellement dangereux pour le processus électoral et pour la démocratie. Demeurés sourds aux souhaits du Senat et aux appels de la société civile, nos politiciens, en effet, semblent, déjà, pris dans leur propre piège.

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RARE COMME L’OR, LE DRAPEAU CONGOLAIS

drapeau congolais Le défilé du cinquantenaire de l’indépendance de la RD Congo s’est déroulé, dans beaucoup de localités, sans drapeau national. Et pour cause, il est rare comme l’or. On en trouve un, par hasard, en lambeaux ou couvert de poussière, sale en tout cas, au siège du territoire ou devant un commissariat de police. Les villages reculés n’en ont pas. Par contre, ce sont les drapeaux du PPRD et de ses partis satellites de l’AMP qu’on trouve partout. Le patriotisme est en crise. Il est surplombé par les idéologies des partis politiques dominants.

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Un humour qui en dit long…
Il n’y a rien de plus révélateur au monde que l’humour. Comme une œuvre romanesque, l’humour voile et dévoile à la fois. Il évoque des réalités que monsieur tout le monde n’ose pas dire tout haut. L’humour est très présent dans la banalité quotidienne au Congo. C’est peut-être lui qui fait de nous « des pauvres gens tout de même heureux ». Sa spécificité, chez nous, est de se mêler à l’ironie. De cette manière, il est plutôt corsé. Suivez. Ne rigolez pas. Réfléchissez plutôt.

Monuc, partira ou ne partira pas ?
Dans un discours officiel, le Président Joseph Kabila a annoncé, sans sourciller, le départ programmé de la mission d’observation des Nations unies en RD Congo(MONUC), à compter du 30 juin 2010. Cette annonce a surpris plus d’une personne, même au sein du Conseil de sécurité de l’ONU. Depuis, un débat fort alimenté inonde les medias et les milieux sociaux. A ce propos, un vieux pêcheur du lac Moero, assis au fond d’une petite pirogue vieille de plusieurs décennies, lance à un groupe de prêtres, non sans un brin d’humour : « Avez-vous déjà vu une abeille abandonner une ruche sans qu’on n’y mette du feu ? ». Après un court silence, il s’écrie en riant : « Par reconnaissance pour services rendus, moi, Mpundu Sébastien, je propose que notre pays accorde la nationalité congolaise à tout le personnel étranger de la MONUC !».

Qu’est le NEPAD devenu ?
Un professeur d’économie à l’UNILU (Université de Lubumbashi) interroge un étudiant en licence sur ce qu’est devenu le NEPAD (Nouveau partenariat économique pour le développement de l’Afrique). L’étudiant avoue n’en savoir que peu de choses. Toutefois, il le définit en ces termes : « le NEPAD est une nouvelle invention des pays développés pour célébrer le requiem de leurs politiques de développement en Afrique ; plus précisément une nébuleuse, en soi mort-née, pour faire saigner le continent africain sans trop se salir les mains ». Et d’ajouter : « En réalité, il n’existe que sur papier et souffre d’une vieillesse précoce ».

Nkunda ou Ntaganda ?
Deux activistes des droits humains discutent passionnément autour d’un verre sur le prochain « pensionnaire » congolais de la Cour pénale internationale de la Haie (Pays-Bas). Laurent Nkunda ou Jean-Bosco Ntanganda ? S’estimant obligé d’intervenir, fût-ce pour calmer le jeu, un creuseur artisanal d’une vieille mine de la Gécamines tranche avec fermeté : « Pour couper la poire en deux, dit-il, Nkunda et Ntaganda. Mais d’abord Nkunda. Un point c’est tout ». Et de se questionner à haute voix : « Pourquoi la communauté internationale tend à oublier Nkunda pour ne réclamer à cor et à cri que Ntaganda ? Allez donc savoir… ».

La Constitution, est-ce comme la Bible ?
Depuis l’annonce d’une probable, mais très certaine, révision de la Constitution de 2006, les esprits de beaucoup de Congolais se surchauffent. Trois enseignants d’une école catholique se sont, eux aussi, lancés dans le débat, histoire de participer à la démocratie. Le premier estime nécessaire de modifier la Constitution pour éviter, notamment, le découpage immédiat du Katanga en quatre minables provincettes comme il en a existé au lendemain de l’indépendance du Congo. Le deuxième dit craindre des troubles sociaux, comme il y en a eu dans certains pays africains qui ont tenté l’aventure. Il dit y percevoir un risque d’enlisement de la démocratie au profit des dirigeants actuels. Un troisième croit dur comme fer que la Constitution est comme la Bible. A moins d’un référendum populaire, eh bien on ne la change pas ; quitte à en appliquer ce qu’on peut dans les circonstances présentes. Il promet de prier Dieu pour qu’on ne touche surtout pas à l’article 220(mandat du président, etc.). Qui dit mieux ?

ONG internationales et dirigeants congolais : un partenariat tendu
Entre les dirigeants Congolais et les ONG internationales, il y a un drôle de relations, un partenariat sans cesse tendu, un étrange jeu de ping pong. Les deux partenaires se courtisent et entreprennent d’intenses liens de travail. Quand le pays va bien, leurs relations sont apparemment excellentes, au beau fixe. Mais quand la situation dégénère, des accusations réciproquent fusent de part en part. Les ONG produisent des rapports, souvent accablants, que nos dirigeants critiquent sévèrement quand ils ne les rejettent tout simplement pas. Constatant cette guerre qui ne dit pas son nom, une religieuse engagée dans la Commission Justice et Paix s’exprime : « C’est un drôle de mariage qu’est celui de nos dirigeants avec les ONG internationales. A force de vivre ensemble, ils finissent par connaître les qualités et les défauts des uns et des autres. Mais quand ça chauffe, on dirait que nos dirigeants se distinguent dans l’art de mentir et de nier les évidences ». Et d’ajouter : « Leur chance (de nos dirigeants) réside dans le fait que beaucoup de Congolais ne lisent pas du tout les rapports sur notre pays que produisent les experts de l’ONU et les ONG comme Human Right Watch, International crisis group, Amnistie internationale, etc. ». Revenant sur ces fameux rapports, la bonne religieuse regrette amèrement qu’ils occultent et omettent, sciemment, les efforts de nos dirigeants et surtout les promesses non tenues des pays développés… ».

Ces rebellions ethniques…
Bundu dia Kongo au Bas-Congo, CNDP au nord-kivu, combattants enyele en Equateur, « mais qu’est-ce que c’est que ces rebellions ethniques ? » s’interroge un vieux policier en babouches. Ah, poursuit-il, « c’est que pour accéder au pouvoir en contournant les urnes, des aigris s’organisent en rébellion ethnique. Ils volent, violent et tuent des civiles de leur ethnie. De plus, pour multiplier les chances d’obtenir des négociations avec Kabila et une amnistie sur leurs crimes, ils appellent Radio Okapi, RFI, BBC, France 24 et autres Voix de l’Amérique(VOA) pour se faire connaître et larguer leurs chantages ethniques». Et de poursuivre : « Lorsque nos soldats perdent une bataille contre eux, les mêmes médias des blancs les ridiculisent et les démotivent. Mais quand le gouvernement de la République rétablit la paix, de la manière que l’on sait, les blancs l’accusent d’utiliser la force de manière disproportionnée. Drôle n’est-ce pas ? Je me demande qui est véritablement ami de ce pays ».

Yeux doux à nos amis chinois
Comme tout le monde le sait, la présence en RD Congo des partenaires asiatiques, notamment des Chinois, est plutôt mal vue dans beaucoup de milieux en Occident. Mais depuis quelques mois, il y a changement. Nonobstant certaines difficultés, l’évolution du programme des Cinq chantiers de la république et l’enthousiasme qu’il suscite, même à Kinshasa « la boudeuse », amènent certains occidentaux à envisager de coopérer en étroite collaboration avec ces nouveaux partenaires, soit disant pour aider la RD Congo. Ils font les yeux doux aux Chinois. Un Congolais en mal d’humour conclut : « Il est difficile de faire le jeûne ou le ramadan tout en ayant les yeux constamment rivés sur un plat délicieux ». Et un autre d’ajouter : « A ma connaissance, il n’existe pas encore de vaccin contre la convoitise des richesses naturelles du Congo ». Comprenne qui peut comprendre !

Que penser de la réforme de l’armée ?
La réforme de l’armée est l’un des acquis du dialogue inter congolais. On en parle beaucoup, mais elle tarde à venir. Un vieux gendarme katangais, qui refuse de prendre officiellement sa retraite, atteste que contrairement à ce qui se dit, c’est sur terrain, sur le champ de bataille, c’est-à-dire au front, qu’une arme acquiert le professionnalisme. Il cite, naturellement, l’exemple des Gendarmes katangais et de bien d’autres notamment les combattants « mai mai », l’Angola, le Rwanda, le Mozambique, etc. Evoquant les déconfitures en série des FARDC (Forces armées congolaises), pourtant prétendument formées par des moniteurs Sud africains, Angolais, Belges et autres Américains, il s’exclame : « A la vérité, ce sont les formateurs qui ont besoin d’être réformés ! L’armée congolaise, elle, a plutôt besoin d’un salaire décent et des moyens pour se battre».

Le découpage du Katanga selon la rue
Le débat sur un possible découpage du Katanga au regard de la Constitution s’est transporté dans la rue. Un shegué ( enfant de rue) explique à son ami ce que cela signifie. « Comme une mère qui met au monde un quadruplé, il s’agit de créer quatre provinces jumelles katangaises. Chaque habitant actuel de Lubumbashi doit aller vivre dans sa nouvelle province, c’est-à-dire celle où se trouve son ethnie. Les postes et les biens de ceux qui seront partis chez eux seront distribués automatiquement à ceux qui vont rester dans leur nouvelle province d’ici. Les gens du nord et du Lualaba étant partis, il n’y aura plus de famine et de chômage. Lubumbashi va devenir comme Bruxelles, la Gécamines et la SNCC vont sortir de leur agonie ! ».

La protection de l’environnement vue à partir du village
Le respect de la biodiversité figure parmi les priorités de la société moderne. Mais dans nos villages, il apparaît comme une absurdité. Dans un sermon resté célèbre, un curé de campagne a invité ses fidèles à protéger la nature. Après la messe, les commentaires sont allés dans tous les sens. « Manifestement, a dit un chef coutumier, c’est un complot des gens de la ville contre nous. On nous interdit d’organiser le feu de brousse, mais comment allons-nous attraper le gibier, capturer les rats sauvages et les sauterelles ? Comment ramasser les champignons et les chenilles ? Et puis, si on nous interdit de couper les arbres, comment allons-nous cultiver nos champs, construire nos cases, nous chauffer et cuire nos aliments ? Si on nous interdit d’abattre les animaux, de quoi allons-nous nous nourrir ? On n’est pas végétariens ici ! ».

Sacré humour, comme tu en dis long…
La rédaction de Luapula-Moero

UN OBSERVATOIRE DIOCESAIN POUR RESSOURCES NATURELLES
Préambule
Plus qu’au 19è siècle, le thème de l’exploitation des minerais préoccupe tous ceux qui, au nom du peuple, ont le devoir de prendre la parole en public. En RDC, organismes internationaux et nationaux, ONG se penchent avec acuité sur ce thème. De même, l’Eglise de la RDC, fidèle à sa mission plus que cinquantenaire de veilleur, d’éclaireur de la conscience nationale, ne s’est pas seulement limitée aux discours de dénonciation sur le sujet, mais a mis sur pied une Commission Episcopale ad hoc pour les Ressources Naturelles (CERN). Cette commission a pour but d’éclairer et de sensibiliser la population congolaise afin que l’exploitation des ressources naturelles contribue réellement au développement de notre pays et à l’équilibre environnemental. Elle informe la population sur ses droits et devoirs de participer à la gestion saine de ces ressources naturelles et interpelle la conscience nationale sur la bonne gouvernance… Dans cette perspective, la CERN a monté un Observatoire pilote dans quatre diocèses du sud-Katanga, à savoir l’Archidiocèse de Lubumbashi, le diocèse de Sakania-Kipushi, le diocèse de Kolwezi et celui de Kilwa-Kasenga. Ce dernier, depuis janvier dernier, après la nomination par décret épiscopal des membres, est passé à la vitesse de croisière. Activités
L’Observatoire diocésain est composé de sept membres issus des Commissions diocésaines ou représentant les zones d’exploitation minière. Sitôt mis en place, il a organisé à Kilwa une conférence avec les forces vives de la population pour présenter sa mission, ses objectifs et ses activités dans le cadre de la prise de conscience des réalités et problèmes liés à l’exploitation des minerais. Ensuite, avec des supports audiovisuels, l’Observatoire a informé différentes populations du diocèse sur les problèmes écologiques au niveau planétaire et local, et sur leur responsabilité dans ce dossier. La prochaine étape est la sensibilisation des chefs coutumiers sur le rôle social et politique qu’ils doivent jouer en matière d’exploitation minière. Si le programme de la CERN est si ambitieux, un écueil est toutefois à signaler chez nous. Il s’agit d’une certaine poignée de gens, se réclamant d’une nébuleuse société civile, qui ne veut pas marcher sur cette voie, parce que habituée à soudoyer les sociétés minières au nom des intérêts personnels. De ce fait, l’action de l’Eglise est perçue comme une entrave aux desseins égoïstes, et donc à combattre sournoisement. Conclusion
Nous invitons donc les populations concernées à plus de lucidité et d’altruisme pour le bien de tous et de se laisser guider par la sagesse chrétienne que véhicule la Conférence Episcopale Nationale du Congo à travers cet instrument qu’est la Commission Episcopale pour les Ressources Naturelles.

La rédaction

Des extrémistes zélés du Katanga réveillent les démons de la division
La population de Lubumbashi assiste avec consternation à un cirque médiatique frisant la propagande de la haine entre deux ethnies du Katanga. Cette tentative de réveiller le démon de la division est consécutive au débat sur un éventuel découpage de la province cuprifère, tel que prévu par la Constitution de la république. Au Katanga, les opinions sont partagées sur cette question. Dans la foulée, des réactions d’individus isolés, se cachant derrière la peau de leur ethnie et certainement en mal de positionnement politique, larguent des propos incendiaires et s’illustrent par des déclarations dangereuses pour la communauté katangaise.  Filles et Fils d'un meme Père Depuis de longues semaines, quelques individus d’ethnies lubakat et bemba échangent des propos peu amicaux. Ils s’accusent mutuellement de provocation. Dans ce climat social, des extrémistes fort zélés de ces deux ethnies se sont livrés, il y a quelques jours, à une véritable empoignade sur le plateau d’une télévision locale, que le Gouvernement de Kinshasa a fermé par la suite. Ce duel a suscité des réactions épidermiques dans différents milieux à Lubumbashi, en l’occurrence au sein des communautés lubakat et bemba. On a commencé à parler ouvertement de la bataille entre le nord et le sud. A en croire certaines informations, des meneurs auraient été arrêtés et acheminés à Kinshasa. La montée de cette haine tribale révèlent d’importantes réalités véhiculées par des rumeurs inondant les milieux katangais. D’une part, le découpage de la province, quoique prévu par la Constitution, n’est pas une urgence par rapport aux nécessités vitales dans les domaines de l’éducation, l’alimentation, les infrastructures routières, les soins de santé, la réforme salariale, etc. De plus, le découpage du Katanga n’est ni synonyme du développement économique automatique, ni équivalent à la promotion d’une ou plusieurs ethnies. C’est une disposition administrative et politique dont on n’est même pas encore sûr qu’elle va être appliquée. D’autre part, ces querelles intestines démontrent la capacité de manipulation de notre classe politique et la facilité qu’ont les Katangais à consommer les illusions. Il y a manipulation. Politicienne, sans doute. Mais elle est dangereuse et inutile, car un Katanga fort ne peut résulter de la haine et de la division ethniques. Par ailleurs, il y a, au sein du peuple katangais, beaucoup de gens naïfs. Au lieu de focaliser leurs efforts sur le développement de la province par le travail et la production, ils croient avec candeur que leur salut se trouve dans l’enfermement ethnique. La saga lushoise de ces derniers jours démontre qu’il y a fort à faire dans cette province. Le Katanga est fragile, comme le sont le Congo entier et sa démocratie. Il faut batailler pour la consolidation, à partir des bases solides, pas ethniques en tout cas.

La rédaction de Luapula-Moero


Création d’un observatoire diocésain des ressources naturelles
L’exploitation des ressources naturelles en RD Congo est une question vitale pour la population. Elle contraste, hélas, avec la pauvreté croissante et généralisée dans la société. Au surplus, elle est devenue source de conflits armés et de divers malheurs qui frappent les Congolais. Il est, en effet, établi qu’il y a un rapport indéniable entre exploitation de ces ressources et les différentes guerres qui ravagent la RD Congo. Il n’est plus possible de taire cette question, ni de la différer. Les Nations Unies, le Gouvernement congolais, la Société civile et les investisseurs nationaux et internationaux en font leur préoccupation. L’Eglise catholique en a pris conscience et n’hésite pas à hausser le ton pour que la rente minière et forestière profite au pays et à son peuple. Pour se donner les moyens de son action dans ce domaine, son épiscopat a créé, voici déjà deux ans, une commission ad hoc dénommée CERN (Commission épiscopale ad hoc pour l’exploitation des ressources naturelles). La CERN est un organe technique de la CENCO chargée de suivre toutes les questions relatives à l’exploitation des ressources naturelles. Pour asseoir son labeur à la base, à la demande des Evêques congolais et vu la nécessité, il a été créé, dans le diocèse de Kilwa-Kasenga comme dans trois autres diocèses du sud du Katanga (Lubumbashi, Kolwezi et Sakanya-Kipushi), un Observatoire des ressources naturelles. Celui-ci est présidé par Monseigneur Damase NKULU, Vicaire Général et comprend sept autres membres prêtres et laïcs. Son siège est basé à Kilwa, mais il peut tenir ses réunions dans n’importe quel coin du diocèse où on exploite les ressources naturelles. Il a pour mission non seulement de former et d’informer la population sur les enjeux de l’exploitation des richesses naturelles, de défendre les intérêts des autochtones dans l’exploitation des minerais, mais aussi de prendre les contacts nécessaires avec les exploitants miniers afin de les amener à bien s’acquitter de leurs obligations sociales et environnementales. Cet observatoire est donc un organe de formation et d’information, de dialogue, de plaidoyer et de surveillance pour que les dividendes de l’exploitation minière profitent à notre peuple et à notre pays. Sa devise de travail est le titre de la récente lettre encyclique du Pape Benoît XVI : « Caritas in veritate » (L’amour dans la vérité).

La rédaction de Luapula-Moero


« KATANGA BUSINESS » : Polysémie et polémique
 Katanga Business Introduction

Le nouvel essor minier au Katanga est désigné communément par le vocable anglais « mining ». Ce phénomène ne laisse personne indifférent. Thierry Michel, auteur de « Zaïre – Le cycle du serpent » (1992), « Les derniers colons » (1995), « Mobutu roi du Zaïre » (1999), « Congo river » (2008) vient de lancer sur le marché un nouveau fi lm intitulé « Katanga business ». Ce fi lm est en vedette dans beaucoup de milieux. Même TV 5 Afrique participe à sa promotion. La rédaction de Luapula-Moero l’a décrypté. Vu à partir du Katanga rural, ce film est polysémique et polémique.

Un film polysémique

De part en part, « Katanga business» reflète plusieurs réalités du Katanga dont on se rend à peine compte.

- L’éveil incontrôlé d’une économie moribonde

« Katanga business » révèle le sursaut d’une économie moribonde qui tente de reprendre du poil de la bête, sur fond d’une anarchie affligeante. L’enjeu économique, caractérisé par un flux intense et désordonné d’investisseurs étrangers, est frappant. Ce fi lm le met en évidence à travers plusieurs clichés. Il s’agit d’une économie basée essentiellement sur l’exploitation minière, dominée par des entreprises étrangères, en majorité chinoises. Les épisodes qui illustrent ce réveil économique mettent à l’avant-scène non pas les réalisations économiques comme telles, mais le chaos y régnant, la jungle et la misère qui en constituent le fond. En témoignent, notamment, les illustrations d’une Gécamines en agonie et dépouillée de ses gisements miniers importants, le drame des creuseurs artisanaux livrés à la débrouille et traqués par les multinationales s’emparant des carrières minières acquises au plus haut niveau, la pratique peu orthodoxe de petits investisseurs chinois qui exploitent impitoyablement les négociateurs locaux et utilisent une main d’oeuvre locale payée aux petits sous, etc. « Katanga business » met à nu une économie de prédation qui ne fait pas avancer le Katanga. Il démontre que les STL, Boss mining et autres entreprises chinoises du business minier s’emparent de fabuleuses richesses naturelles du Katanga en profitant d’un contexte de mal organisation. Ce fi lm les identifie presque à des conquistadors économiques, sans doute animés du sens des aff aires, mais qui se ruent sur un patrimoine à la manière des charognards s’abattant sur un butin non protégé. Il en résulte une économie de misère, qui ne profite nullement au petit peuple.

- Aux uns les grosses parts, aux autres les miettes

Les images de grands exploitants miniers, c’est-à-dire les industriels, contrastent dramatiquement avec celles d’exploitants artisanaux. Aux premiers reviennent les grosses parts appuyées par une technologie dont même la Gécamines (société d’Etat) ne dispose pas, aux seconds, les débrouillards locaux, les miettes obtenues au prix d’un travail artisanal harassant. Les profits colossaux sont, naturellement, du côté des premiers. De ce point de vue, le fi lm de Thierry Michel indique des réalités affligeantes du Katanga. D’une part, les gros investisseurs miniers se voient octroyés d’importants gisements miniers ravis d’une Gécamines devenue, depuis, une coquille vide. On peut supposer les profits qu’ils en tirent en peu de temps. D’autre part, les Congolais, eux, se contentent de ramasser de minables résidus de minerais des mines orphelines qu’ils vendent à de vils prix aux chinois. Parfois, ils en sont chassés sans préavis. En outre, les Congolais employés dans les entreprises minières ne jouissent ni des salaires décents, ni des conditions de travail sécurisées. Ceux de la Gécamines, par exemple, comptent plusieurs mois impayés qu’on leur interdit de réclamer.

- Moïse, le « héros » du Katanga au four et au moulin

 Moïse Katumbi, gouverneur du Katanga De tous les personnages de «Katanga business », le Gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi Chapwe, est celui qui fait figure de héros. Excellent connaisseur du monde des affaires, il est au four et au moulin. Dans un Congo déliquescent dont le désordre institutionnel se ressent dramatiquement dans le secteur minier, le héros du Katanga s’efforce de mettre de l’ordre là où l’Etat congolais a échoué. Lui au moins rassure tout le monde et donne l’image d’un homme qui travaille. Tantôt défenseur de la loi, tantôt négociateur d’une paix désespérée avec les creuseurs artisanaux, il est aussi celui qui rassure les investisseurs étrangers qu’il pousse à s’impliquer dans le social. Par delà l’image d’un homme populaire, visiblement en guerre contre le chaos qui règne dans son pays, Moïse Katumbi est présenté dans « Katanga business» comme un leader katangais, le seul peut-être ayant la tête hors de l’eau. Montré une seule fois en plein conseil des ministres, on le voit en action sur terrain, au contact avec ses administrés, au chevet d’une population aux abois. Il a un rapport chaleureux, mais parfois critique, non seulement avec le peuple mais aussi avec les opérateurs économiques.  Moïse Katumbi et Thierry Michel Son discours est suivi religieusement et écouté, mais ses efforts sont parfois contredits par d’obscurs ordres venant d’une certaine hiérarchie comme dans le cas de la délocalisation tragique d’un groupe de creuseurs artisanaux de Likasi. A la vérité, le film suggère que quoique règne le chaos en RD Congo, il y a des hommes, comme lui, sur qui, on peut encore compter…

- Brutalité policière et protection rapprochée des « boss »

 Policiers et creuseurs La sécurisation de certains membres de direction des sociétés minières établies au Katanga est frappante dans « Katanga business ». Il y a des passages montrant ces « boss » surprotégés par des services de l’Etat. Le film suggère que c’est le moyen qu’ils ont choisi pour étouffer la grogne de ceux qu’ils délogent dans les concessions minières acquises de la manière qu’on sait. Tout aussi frappante est la brutalité policière pour réprimer les manifestants ou les récalcitrants. L’on ne peut résister à la révolte en voyant par exemple la force de la répression contre les creuseurs artisanaux de Likasi, manifestant contre leur délocalisation d’une mine cédée à une multinationale. Il s’en est suivi une perte en vie humaine. Est aussi déplorable le cas du manifestant de la Gécamines touché par une grenade au genou, mais qui souffle avec une rare dignité au nom d’une cause juste, avant de succomber dans un hôpital. «Katanga business » démontre à quel point, pour protéger les investisseurs miniers et leur butin, certains éléments de la police congolaise utilisent toute leur barbarie contre leurs propres compatriotes, dans l’espoir de gagner une ridicule prébende. La bataille pour les droits des autochtones leur apparaît, hélas, comme une absurdité. La seule chose qui compte pour eux, c’est la protection des « boss » et la récompense qu’ils en tirent.

- Où l’Etat est l’ombre de lui-même

« Katanga business » révèle aussi les failles de l’Etat congolais, notamment dans le secteur minier au Katanga. L’Etat, en effet, apparaît dans ses aspects les plus misérables. Il a un pouvoir qu’il exerce à peine, et de quelle manière… Son influence dans le monde du « mining » ressemble à un éclair. Des petits malins venus de Chine, séjournent illégalement mais tranquillement sur le territoire de son «scandale géologique». Certains imposent arbitrairement leur politique salariale et se donnent des dispositifs de sécurité au travail taillés à leur propre mesure. Il y en a qui déjouent les lois inefficaces de cet Etat pour exporter frauduleusement les minerais bruts. Ils organisent la contrebande sans que rien ne les arrête. D’autres ouvrent des carrières d’exploitation minière sans aucun papier officiel légal, voire à l’insu et au grand étonnement honteux du ministre provincial de tutelle. Les scènes de l’absence ou tout au moins de l’inefficacité de l’Etat abondent dans ce fi lm. En dehors de ces clichés indicateurs, bien sûr non exhaustifs, «Katanga business » est aussi un film polémique.

Un film polémique
Pour qui sait lire entre les lignes, « Katanga business » est également un film polémique. Certes, la polémique n’est pas étalée ouvertement, mais subtilement, de manière évidente.
- Nostalgie colonialiste, gâchis de l’héritage

Comme il l’a fait dans les films précédents sur la RD Congo, le cinéaste belge fouille dans les archives coloniales pour mettre en cause le présent du Congo. C’est une méthode étrange. Il exhume des clichés du temps colonial, les colle aux réalités actuelles pour questionner et, nous semble-t-il, plonger les spectateurs dans une sorte de contemplation du « beau et bon » temps colonial. Alors que celui-ci est présenté comme l’époque de la prospérité, du succès économique, de la force de la loi, les temps présents, par contre, paraissent comme ceux du gâchis de l’héritage colonial, de l’échec et du gaspillage. A travers cette extase nostalgique, que le fi lm provoque, la fiction s’accouple à la réalité pour inviter au « jugez vous-même ». Le flash sur la production minière à l’Union minière du haut Katanga (UMHK) comparée à celle d’une Gécamines malade en dit long. Pour laisser courir la controverse, le cinéaste belge se refuse d’évoquer les pièges de l’indépendance qui pourraient expliquer, en partie, cette débandade économique dans l’actuelle Gécamines. Cette nostalgie colonialiste est aussi distillée à travers la façon dont on présente la fi gure de Monsieur Fortin, Administrateur Directeur Général de la Gécamines. Ce canadien est montré, malgré lui, comme le messie au chevet d’une société moribonde. Sa présence à la direction de la Gécamines est auréolée d’images suscitant l’espoir de renouer avec la magie du temps colonial. Mais il y a plus.

- Les bons investisseurs et les autres

La STL du Groupe Forrest La place accordée au Groupe Forrest, en particulier au Katangais Georges Arthur Forrest, semble suggérer qu’il existe au Katanga une catégorie de « bons » investisseurs. Thierry Michel leur fait une part belle, les propulse à l’avant-scène et, du coup, met en évidence le concept fort discutable d’investissement « sain ». Il oublie, par le fait même, que beaucoup d’hommes d’affaires opérant au Katanga sont à peu près des pêcheurs en eau trouble, en quête de fortune. Ils ne viennent pas faire le Père Noël dans cette province réputée riche. Tout porte à faire croire que les gens comme Forrest, c’est-à- dire les occidentaux, sont les investisseurs qu’il faut pour ce temps dans un Katanga garni de richesses minières. En témoignent les « sages » conseils de monsieur Forrest qui, visiblement, semble quelque peu aigri de perdre le monopole d’un marché juteux graduellement attribué aux chinois. Par contre, les autres investisseurs, les chinois en particulier, sont traités dans le film comme des investisseurs peu rassurants, sans normes et, à la limite, opportunistes et aventuriers. C’est leur côté faible qui est montré. Dans le film, ces deux catégories d’investisseurs sont présentes. L’affiche publicitaire du film en est aussi une illustration indéniable. Le cinéaste suggère encore une fois le « à vous de juger ». Toutefois, il oublie que les chinois filmés sont une catégorie dans la catégorie. Ce sont de petits débrouillards qui ont débarqué au Katanga dans l’euphorie du phénomène « mining». Le tableau dépeint par Thierry Michel aurait eu raison de son manichéisme si par chinois il entendait les sociétés de la taille de CREC, Cihydro, China National Petroleum Corporation, Sinopec, China Railways, Zhong Xing Telecom Corporation, etc.

- Une pointe d’iceberg de l’afropessimisme
Tout compte fait, « Katanga business » est, d’une certaine manière, une pointe d’iceberg de l’afro pessimisme. Le film ne donne aucune part aux avantages économiques et sociaux du boom minier au Katanga. C’est là-dessus que le bas blesse. En effet, aucune allusion n’est faite aux emplois massifs, à l’essor de l’industrie hôtelière, aux bénéfices réalisés par les compagnies de transport aérien, aux profits dans l’immobilier, à la croissance spectaculaire du charroi automobile, aux recettes encaissées par les services d’immigration, à la naissance de petites entreprises d’expertise minière, etc. De même, l’esprit de débrouillardise, l’engouement pour le travail et la volonté de sortir de la misère, dont font preuve les Congolais du Katanga, sont lamentablement absents du film. Il y a une dynamique congolaise du « refus de mourir » qui n’a pas été largement souligné dans le film. Omission ou oubli ? On ne le sait vraiment. Ce côté magique du peuple katangais manque cruellement. Tout cela fait partie aussi du business au Katanga. Le fait de ne pas apparaître dans le film nous fait croire que le cinéaste demeure peu convaincu que le Katanga peut décoller économiquement. Aussi, son interpellation est mêlée d’un brin d’afro pessimisme que la sélection d’images affiche manifestement. N’est-ce pas dire à la manière de l’Evangile qu’il faut donner des pièces d’argent à ceux qui sont capables de les fructifier ?

Conclusion
« Katanga business » est le reflet de l’aventure économique du sud du Katanga avant l’avènement de la crise financière. Il nous permet de nous mirer dans nos faiblesses et de mesurer notre responsabilité commune dans la gestion du patrimoine minier qui est le nôtre. Il ne reste qu’à en tirer toutes les leçons et à nous organiser de telle manière que nos ressources naturelles concourent à notre bien-être. Quant à Thierry Michel, il est un témoin de notre descente aux enfers. « Prophète» à sa manière, il utilise le langage cinématographique pour nous alerter et nous mettre devant nos responsabilités. Plutôt que de le détester ou de l’expulser de notre pays, il nous faut méditer sérieusement les messages de ses films, en particulier de «Katanga business ».

La rédaction


HUMANISER LA CHINAFRIQUE ET AVANCER
Introduction La chinafrique fait désormais partie du paysage africain. Elle fascine de nombreux pays du continent noir et énerve les partenaires occidentaux dont les efforts n’ont malheureusement pas vaincu la pauvreté dans les anciennes colonies. Serge Michel et Michel Beuret lui ont consacré, l’année dernière, tout un bouquin. Les publications et les débats radiotélévisés sur son parcours fourmillent. Les médias se ruent sur elle. Il n’est pas étonnant que le cinéma s’en accapare pour remuer les sensations hollywoodiennes dont la société contemporaine raffole. « Katanga business » du belge Thierry Michel a donné le ton. Il sera sans doute bientôt suivi par d’autres chasseurs d’images ou paparazzis. Par delà la passion qui domine le débat sur les investissements chinois en RD Congo, une réflexion en profondeur s’impose.

Un géant est de retour chez nous
Après les années Mobutu de la copie fanatique du « salongo », de l’abacost et du col Mao, la Chine est de retour en RD Congo. Elle effectue sa rentrée non pas par le style vestimentaire et le folklore, mais par la porte de l’économie, ouvertement. Plus qu’ailleurs en Afrique, ce retour suscite une agitation inhabituelle non seulement dans les hémicycles de la haute finance mondiale, mais aussi en milieux politiques. Le débat interne s’est largement politisé à son sujet. D’apprentis experts autoproclamés larguent des théories qu’aucun livre d’économie n’a jusqu’à présent réussi à élaborer. Ils pérorent sur la coopération chino-congolaise en reprenant en chœur, mot à mot, les diatribes des maîtres d’ailleurs. L’heure semble grave et l’est effectivement. Plus que jamais, bien que sortie d’une série de guerres inutiles, la RD Congo qui tient à son programme des Cinq chantiers se trouve apparemment à la croisée des chemins. Elle doit opérer des choix courageux.

Un tard venu au banquet de Pékin est harcelé
Le programme des Cinq chantiers promu par le Chef de l’Etat consacre la présence des Chinois dans le paysage congolais. Alors que certaines populations congolaises s’en félicitent, espérant avoir de bonnes routes, des écoles, des hôpitaux, de la nourriture abondante et des emplois, les partenaires occidentaux crient au haro. « Il est inadmissible que le pays de Léopold II soit vendu aux Chinois » a déclaré un homme d’Etat belge. « C’est un troc aux contours flous » s’est écrié un autre européen. «De toute manière le Congo est perdant » a estimé un autre. Par un curieux amour pour les Congolais, un haut fonctionnaire du FMI s’est déplacé jusqu’à Kinshasa pour « prévenir » ce qu’il est convenu d’appeler « la catastrophe » des contrats chinois. Il affirme, la main sur le cœur, que ces contrats vont paralyser le projet d’annulation de la colossale dette extérieure de la RD Congo et, pire, peser lourdement sur elle. D’aucuns prophétisent avec un air dramatique que le bénéfice qu’en tirera la Chine est de l’ordre de quatre-vingts ou quatre-vingt dix milliards de dollars américains, contre seulement neuf à treize milliards qu’elle investira. Les prophéties se multiplient chaque jour. Les qualificatifs pour nommer ces contrats ne manquent pas. Du coup, les mises en garde, la pression voire les menaces de représailles économiques et politiques affluent sur la RD Congo. Celle-ci est visiblement harcelée. Les ballets diplomatiques chez Kabila sur ce sujet sont constants. Cet afflux est étrange. La RD Congo ne figure pourtant pas parmi les premiers convives africains de Pékin. C’est un tard venu dans la chinafrique. Pendant qu’elle s’occupait de ses guerres et des palabres qui les ont accompagnées, elle a été précédée par bien des pays du continent qui n’ont pas subi ou ne subissent pas le même harcèlement. L’Algérie, le Maroc, le Tchad, la Côte d’Ivoire, le Nigéria, l’Angola, la Tunisie, la République du Congo, le Cameroun, la Zambie, l’Afrique du sud, le Kenya et bien d’autres encore l’ont précédée dans cette aventure. Ils coopèrent avec la Chine depuis des décennies (Lire notamment New African, 3, juin-Août 2008 ; Afrique Asie, juin 2008, Serge MICHEL et Michel BEURET, La chinafrique, Grasset, 2008). Ironie de l’histoire : les partenaires occidentaux, eux-mêmes, courtisent régulièrement la Chine et arrachent des contrats juteux, sans que les Africains s’en offusquent. La convoitise de nos richesses stratégiques se transforme en agressivité dont on craint les représailles. Or, par rapport aux problèmes du Congo, à sa taille et à ses ressources naturelles, les milliards d’investissement annoncés ne doivent pas normalement faire sourciller. Ils valent bien mieux que les miettes qu’on obtient des partenaires occidentaux après avoir rampé pendant des années. Après tant d’années contrats signés entre notre pays et les multinationales occidentales comme, par exemple, Tenke Fungurume Mining (TFM), Kingamiambo Musonoi Tailkings (KMT), Katanga mining(KM) opérant au Katanga et que la société civile décrie. A dire le vrai, ces contrats sont plus léonins que ceux signés avec la Chine ! Que cache cet interventionnisme à deux vitesses? Nous nous interrogeons sérieusement.

La dette extérieure est un joug injuste
Beaucoup de ceux qui décrient les contrats chinois en RD Congo évoquent le problème de la de misère, il est fort étonnant que les supposés amis du Congo multiplient les tentatives d’obstruction à la réalisation des projets de reconstruction que leur partenariat n’a pas donnés à notre peuple. Tout aussi étrange est le fait que les « amis » du Congo ne disent pas un seul mot sur les dettes extérieures qui risque de s’alourdir. Les arguments avancés stipulent qu’on ne peut en même temps revendiquer l’annulation ou l’allègement de cette dette et en contracter d’autres. Il y a de la logique dans cet argumentaire. Seulement voilà, du point de vue éthique, cette dette extérieure est un fardeau injuste. D’une part, elle n’a pas profité à la population congolaise, mais à qui on sait et pour défendre les intérêts de qui on sait pendant la guerre froide. D’autre part, la logique sous jacente à l’endettement des pays pauvres est peu orthodoxe. Un dollar d’endettement en rapporte quatre au pays qui prête. L’enseignement social de l’Eglise et le combat de certaines ONG démontrent clairement que cette logique asphyxie les pays en voie de développement et engendre la pauvreté. Dès lors, enchaîner au nom de cette dette, un pays qui tente de se relever en comptant sur ses richesses naturelles est difficile à croire. A notre avis, l’effort commun devrait consister à trouver une alternative à ce que les investissements chinois en RD Congo sortent de cette logique suicidaire. Voilà ce que nos populations locales attendent des partenaires occidentaux de la RD Congo. Il faut donc purement et simplement annuler cette dette, mettre sur pieds des mécanismes d’investissements plus justes pour que le Congo avance.

Des décennies d’oukases pour rien ou presque
Bien qu’elle ne soit pas parfaite- c’est pourquoi nous préconisons de l’humaniser- la coopération Chine-RD Congo se propose comme une alternative à la coopération de toujours entre l’Occident et les pays africains. Ceux-ci ont toujours reçu des oukases, des politiques de développement préfabriquées, conçues ailleurs pour eux et sans eux, assorties d’un chapelet de préalables et de conditions mais qui, hélas, n’ont rien donné ou presque. La fabrication du NEPAD et son résultat nul, du moins jusqu’à présent, en sont un exemple frappant. A cet égard, sans ignorer notre propre responsabilité dans l’échec du développement, l’état économique de la RD Congo, «scandale géologique», est une honte pour le système économique mondial. Plus précisément, il y a une responsabilité partagée dans la débâcle économique d’un pays si riche en ressources naturelles. De ce point de vue, le modèle chinois séduit. Il propose ce que la population congolaise a toujours souhaité obtenir : les infrastructures de base, des prix abordables des biens de première nécessité, et surtout le respect de la part des partenaires en développement. Dans cette perspective, l’engouement des pays africains vers la Chine n’est pas seulement synonyme d’empressement envers un allié qui offre vite et moins cher. C’est, croyons-nous, synonyme de sonner le glas des oukases de ceux qui croient être le modèle de démocratie, de développement et de technologie. Il faut en tirer les leçons. Les institutions internationales de la haute finance sont les plus méfiantes à l’égard des contrats chinois en RD Congo. La justesse de leurs arguments semble évidente, mais seulement si on se situe dans la logique du nouvel ordre mondial, laquelle est jugée peu favorable à nos pays pauvres (un dollar de dette rapporte quatre autres au pays qui prête). Or justement, de plus en plus des voix s’élèvent pour que cette logique change parce qu’elle a perdu son combat contre la pauvreté. Dans La grande désillusion, l’Américain J.E. Stiglitz s’est fait l’avocat de cette opinion. La bataille que le suisse J. Ziegler mène depuis des années se situe dans ce contexte. La crise financière actuelle lance sans doute un message dans ce sens. Il faut avouer que la coopération avec les institutions financières qui gouvernent le monde a manqué son pari en Afrique, particulièrement en RD Congo. Elle n’a produit que misère et pauvreté.

Le pari manqué des institutions financières internationales
Il nous faut donc comprendre que le schéma que proposent ces institutions tend à devenir caduc. Les ajustements structurels, les privatisations, les dégraissements du personnel, les mises à la retraite anticipée, les coupures budgétaires dans le social, etc. ne convainquent plus grand monde dans notre pays. On ne peut tout de même pas passer toute sa vie à serrer la ceinture ! Il faut une nouvelle option, qu’on peut obtenir provisoirement en humanisant la chinafrique. Mais attention, le nouvel allié n’est pas un bienfaiteur!

Le nouvel allié n’est pas un bienfaiteur
Par delà la gentillesse et la générosité apparente du nouvel allié chinois, il y a, sans doute, un jeu subtil d’intérêts. Le partenaire chinois n’est pas un bienfaiteur. Il vient faire du business à sa manière. Le partenariat « gagnant-gagnant » ne paraît pas encore si gagnant pour nous dans le concret. Les pays africains qui ont précédé le Congo dans la chinafrique ont beaucoup à nous apprendre à cet égard. On doit les écouter et tirer les conséquences de leur expérience. Aussi, est-il important que nous nous donnions des moyens efficaces pour mûrir notre « gagnant » dans ce partenariat et éviter les pièges dans lesquels sont tombés les convives africains de Pékin qui nous ont précédés. En outre, le nouveau partenaire prône le principe de non ingérence dans les affaires internes. N’ayant pas des grands yeux, il a décidé aussi de ne point regarder la bonne gouvernance et les droits humains. Il préconise une collaboration « respectueuse » des partenaires, même lorsque ceux-ci sont malfaiteurs. Etrange option qui, semble-t-il, attire pas mal de gouvernants africains qu’on suppose corrompus. Refuser de s’impliquer dans les questions de bonne gouvernance, de démocratie et des droits humains et se résoudre à ne voir que les ressources naturelles stratégiques à prendre est une aberration. Cela signifie que le nouvel allié ne met pas l’homme au centre du partenariat. Dès lors, on peut s’interroger pour qui il construit les routes, les hôpitaux, les écoles, etc. Il s’agit là, ni plus ni moins, de l’hypocrisie politique et économique qui peut lui coûter cher comme on le voit avec les enlèvements de Chinois au Nigéria. Pour nous, tout est question de liberté. Si tel est le cas, c’est à notre gouvernement, à notre société civile et à notre population de prendre à bras-le-corps toutes ces questions et y trouver des solutions. Il nous semble enfantin de trop compter sur les chinois pour améliorer nos mécanismes de gouvernance et l’état des droits humains chez nous. Aussi, cette attitude de Pékin ne signifie e-t-elle pas sa volonté de pécher en eau trouble ? Le nouveau partenaire ne veut-il pas profiter du désordre qui règne dans nos pays pour exploiter tranquillement les ressources stratégiques en restant dans les bonnes grâces de nos dirigeants ? Seule une population organisée peut réussir là où les partenaires refusent de s’engager. Il faut dire aussi que si les prêts chinois recèlent la même logique que ceux des institutions financières occidentales, nous n’avancerons pas. Leurs avantages doivent être certains et largement compétitifs par rapport à ces dernières. Il faut donc humaniser la chinafrique et avancer.

Humaniser la chinafrique
La chinafrique n’est certes pas une solution idéale et définitive aux problèmes économiques du continent noir. Elle n’est qu’un provisoire, de nature à nous octroyer une partie d’outils utiles pour le développement intégral de notre société. Dans l’intervalle, il nous faut humaniser la chinafrique. Mais qu’est-à dire ? - Il s’agit de purifier ce modèle de coopération, en lui ôtant toutes les faiblesses qu’on lui reproche et les pièges qu’il recèle. Les contrats chinois doivent être transparents et fondés sur le principe de la bonne gouvernance. L’exécution des projets gagnés par les entreprises chinoises doit obéir à la législation sociale congolaise. La sécurité au travail, les salaires décents, le respect de la dignité des employés, le transfert des technologies doivent y être des règles d’or. La sécurité au travail, les salaires décents, le respect de la dignité des employés, le transfert des technologies doivent y être des règles d’or. Un équilibre est à respecter entre le nombre d’employés de Chine et ceux du Congo. De même, le « gagnant-gagnant » ne doit pas être un slogan qui cache un mystère, mais il doit être une réalité démontrable, perceptible et promotrice des intérêts de la RD Congo. Le respect des normes environnementales doit être prioritaire. L’humanisation de la chinafrique passe aussi par l’implication significative de la population locale dans l’exécution des projets. Une appropriation des projets par la population bénéficiaire est un gage pour leur exécution correcte. La RD Congo doit oser cette responsabilisation du peuple pour non seulement inculquer une nouvelle philosophie de travail, mais aussi pour accroître la confiance entre partenaires et bénéficiaires.

Il faut avancer
Si le premier cinquantenaire de l’indépendance de la RD Congo a été un gâchis, le deuxième, lui, doit être celui du développement. Il faut avancer. Absolument. Pour cela, là où les partenaires occidentaux nous semblent utiles, on n’hésitera pas à trouver un compromis avec eux et les faire venir. De même, dans le secteur où nous estimons que les chinois, indiens et autres japonais font des offres intéressantes et se montrent efficaces, on va se tourner à eux. La compétitivité économique doit guider la défense de nos intérêts. Toutefois, l’on doit se persuader que tout cela n’est que provisoire. Le mimétisme, le suivisme, l’application aveugle des principes dictés par des institutions internationales, etc., tout cela n’a rien de défi nitif. Il nous faut notre propre chemin qui reste à inventer pour avancer. Impérativement, celui-ci nécessite d’une part une nouvelle philosophie du travail et la mise sur pied d’une dynamique économique valorisant nos ressources naturelles. Les années de dictature nous ont habitués à prendre des raccourcis pour gagner la vie. Le sens du travail en a payé le prix. Pour avancer, nous devons reconsidérer notre conception et notre rapport au travail. Il nous faut travailler dur, jusqu’au sacrifice s’il le faut. L’heure a sonné de compter sur nos propres forces, de valoriser cette main d’oeuvre en chômage qui traîne dans les villes et villages, absorbée par une religion qui déshumanise et un loisir avilissant. Là où nos projets de développement communautaire manquent de moyens financiers, nous devons mobiliser notre intelligence, travailler de nos mains et triompher de la misère. Par ailleurs, nous devons créer une dynamique économique basée sur la valorisation du caractère précieux de ce que renferment notre sol et notre sous-sol. Il n’est plus possible, en effet, de voir nos ressources naturelles servir à d’autres, vendues à vil prix nous imposé de l’extérieur, alors que nous-mêmes nous croupissons dans la misère noire. Nous devons penser non pas à continuer à vendre du cuivre, du cobalt, de l’or, du diamant, du coltan, du pétrole, etc., mais plutôt à les transformer sur place en RD Congo et entrer dans la compétition mondiale. Un tel chemin n’est pas impossible. Il importe d’en faire le pari du deuxième cinquantenaire de l’indépendance.

Conclusion
Le ballet diplomatique qu’on observe en RD Congo depuis la signature des contrats chinois et la controverse qui l’accompagne donnent à réfléchir. Les divergences entre protagonistes sont nombreuses. Le contraste est frappant entre bénéficiaires congolais qui espèrent obtenir des infrastructures de base et la réticence des bailleurs traditionnels qui multiplient pression, mises en garde et autres manœuvres du même genre sans eux-mêmes rompre avec la Chine. Le tout ressemble à un cirque. Dès lors, la RD Congo aurait intérêt à humaniser la chinafrique et avancer.
Provisoire, la chinafrique doit être purifiée des tares qu’on lui reproche. Le Congo, quant à lui, doit la considérer comme provisoire et se chercher une voie du progrès valorisant ses ressources naturelles.
La rédaction de la revue diocésaine Luapula-Moero

PARLEMENT: 1/10è DU TEMPS DE DÉBAT GASPILLÉ POUR ÉVOQUER LES TITRES HONORIFIQUES

Le temps disent les anglais, c’est de l’argent. Mais la conception du temps en RDC est élastique, caricaturale. Tout porte à croire qu’on a toute l’éternité devant soi.
Et pourtant, bien géré, le temps peut être un facteur de développement, en tout cas un moment de progrès social. Mais chez nous, hélas, il est souvent gaspillé, gâché, sans remords. Pour nous en rendre compte, penchons-nous sur le déroulement de débats au Parlement national.

Nos vaillants députés et sénateurs n’échappent pas au gaspillage du temps. D’une part, la longueur de leurs plénières, surtout les jours qui précèdent la fin d’une session statutaire, témoigne d’une gestion calamiteuse du temps.
Après avoir multiplié les reports de leurs plénières, nos «honorables» s’engagent dans une course contre la montre.
Ils débattent parfois jusqu’aux petites heures pour épuiser leur ordre du jour, sacrifiant ainsi la qualité de débats.
Le début de chaque session statutaire ressemble à une détente collective, tandis que la fin est presque toujours une catastrophe. Pis encore, annoncées pour des heures bien discutables (11 heures ou 12 heures sinon plus tard), leurs séances de travail commencent souvent avec un grand retard, sans état d’âme. Décidément, nos députés croient avoir tout le temps pour travailler au point que commencer à temps ou plus tard ne semble rien changer. C’est bien dommage pour un pays qui a tant de problèmes en attente en attente de solutions!
D’autre part, le temps consacré au débat est utilisé sans rigueur. Outre les innombrables digressions, que les participants semblent apprécier, le 1/10e du temps est gaspillé en évoquant les titres honorifiques. Une prise de parole ne commence jamais sans ces formules ennuyeuses comme «Honorable monsieur le Président de l’Assemblée nationale ou du sénat», «Honorables membres du bureau...», «Honorables députés ou sénateurs», «chers collègues»...Comme si cela ne suffisait pas, le discours des députés est ponctué de plusieurs de ces formules dithyrambiques. La fin est naturellement, elle aussi, embellie par ces titres flatteurs.
Il faut y ajouter une phraséologie pleine de lourdeur, de mots de trop, et surtout inutilement kilométrique. Le style est rarement direct. Il est habillé, truffé de détours et pas du tout limpide. Il faut que ça cesse!
L’apprentissage de la démocratie, chez nous, exige à la fois une saine conception ou gestion des du temps dans nos institutions et une purification du discours politique. Les interventions publiques au parlement doivent être minutées et disciplinées, en tout cas claires, concises et limitées dans le temps.
Il faut commencer par éliminer ces formules incantatoires d’honorables ceci ou cela et mettre fin à l’usage de tournures ennuyeuses. On gagnerait du temps en se corrigeant, car «le temps, c’est de l’argent».
En outre, pourquoi les plénières ne commencent pas plus tôt, au moment où tout le monde débute le travail?
Il sied de retenir ce conseil d’EMERSON: «Hier est un chèque cancellé. Demain, est un billet promissoire. Le seul comptant que nous ayons, c’est aujourd’hui. Profitons-en avec sagesse».
En démocratie, on doit aller jusqu’à contrôler le nombre d’heures de travail des élus du peuple!
La rédaction

Encadré
112. Les fondements d’un bon gouvernement doivent être établis sur la saine base de lois qui protègent les droits et définissent les devoirs des citoyens.
216. Je dois constater avec une grande tristesse que de nombreuses nations d’Afriques peinent sous des régimes autoritaires et oppressifs qui dénient à leurs membres la liberté personnelle et les droits humains fondamentaux, tout spécialement la liberté d’association et d’expression politique de même que le droit de choisir leurs gouvernants au moyen d’élection libres et impartiales.
De telles injustices politiques provoquent des tensions qui dégénèrent souvent en conflits armés et en guerres civiles, avec des graves conséquences, comme famines, des épidémies, des destructions, sans oublier les massacres et la tragédie scandaleuse des réfugiés. C’est pourquoi le Synode a considéré avec raison que la démocratie authentique, dans le respect du pluralisme, est «l’une des routes principales sur lesquelles l’Église chemine avec le peuple. [...] Le laïc chrétien engagé dans les luttes démocratiques selon l’esprit de l’Évangile est le signe d’une Église qui se veut présente à la construction d’un état de droit, partout en Afrique» Jean Paul II, Ecclesia in Africa


FINITION PROBLÉMATIQUE DES ROUTES EN MILIEU RURAL: CINQ RAISONS
Souvent inaugurée avec pompe, la réhabilitation des routes de desserte agricole en R.D.C. n’arrive presque jamais à terme. En dépit de la propagande politique qui l’entoure et de l’assurance apparente des bailleurs des fonds, la réhabilitation des routes rurales demeure problématique. Au niveau où le gouvernement s’engage à restaurer les grands axes routiers censés approvisionner les grandes villes en produits agricoles, la rédaction de Luapula-Moero a dégagé cinq raisons expliquant le non achèvement des travaux routiers en milieu rural congolais.

Financement insuffisant ou en partie détourné
Les fonds alloués à la réhabilitation des routes de desserte agricole sont souvent insuffisants. Devant l’urgence de répondre aux appels d’offre, les entreprises de construction n’investissent pas assez de temps et de sérieux pour réaliser les études de faisabilité. Elles se contentent, très souvent, de quelques visites éclaires de leurs ingénieurs, lesquels sont jugées trop courtes et insuffisant pour faire des estimations réalistes des travaux à effectuer.
En outre, la plupart du temps, ces études préliminaires ne prennent pas la mesure du comportement variant de nos routes en saison des pluies et en saison sèche.
En conséquence, le financement obtenu ne réussit pas à couvrir toutes les nécessités du terrain.
Dans certains cas, une bonne partie du financement est purement et simplement détourné. Es fonds réellement investis dans les travaux ne correspondent pas à ceux obtenus. Ceci explique parfois la mauvaise qualité du travail effectué ou le non achèvement des travaux, qui se fone plus en plus, hélas, sans aucun état d’âmes.

Manque de suivi de la part des autorités publiques
Toute route est un bien d’intérêt public. C’est un bien commun sur lequel l’autorité publique doit absolument veiller. Dans le cas de la réhabilitation des routes de l’intérieur du pays, on constate que les autorités n’en assurent presque pas le suivi. Elles se contentent d’inaugurer pompeusement les travaux de départ et se retirent dans leurs bureaux climatisés. Aucune visite de terrain n’est envisagée.
Elles n’exigent pas de rapport de la part des entreprises de construction qui ont gagné le juteux marché. Souvent ces entreprises ne se sentent même pas obligées de leur rendre des comptes. Elles ne sentent aucune pression de leur part...Par voie de conséquence, les ouvrages sont souvent réalisés vaille que vaille et arrivent raà terme.

Non implication de la communauté locale
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les usagers des routes qu’on réhabilite chez nous sont souvent tenus à l’écart.
Ils ne sont pas impliqués dans la réhabilitation des travaux, alors qu’ils sont les premiers concernés. L’Etat prétend réhabiliter les infrastructures routières pour eux, sans eux. Cette exclusion des communautés autochtones, qui concerne les autorités politico-administratives et coutumières locales diminuent l’efficacité et la qualité du travail.
En plus de déresponsabiliser les usagers des routes, elle met les entreprises de construction hors de tout contrôle et de toute surveillance au plan local. Les conséquences de cette déresponsabilisation des communautés locales sur l’entretien et le maintien en bon état des routes sont désastreuses.
La vente illicite du carburant. Les axes routiers en réhabilitation sont de plus en plus une source d’approvisionnement illicite en carburant.
Avec ou sans la complicité des équipes de commandement, certains travailleurs s’arrangent pour vendre frauduleusement le carburant destiné aux travaux de nos routes. De fois, il existe tout un réseau de ce trafic criminel, impliquant les intermédiaires locaux. La clientèle n’est pas organisée, de potentiels clients véreux sollicitent les travailleurs ou leurs responsables. Les habitants du monde rural sont la principale victime de ce commerce honteux.
Personnel peu motivé.
Souvent mal payé, mal commandé et mal encadré, le personnel affecté à la réhabilitation des tronçons routiers en R.D.C retarde sciemment la fin des travaux. Le pis-aller des autorités publiques et la mauvaise gestion de leurs entreprises les clochardisent. L’irrégularité de paiement ou la modicité de leur salaire conditionne la qualité du travail qu’ils ont à réaliser. Malgré la compétence et la bonne foi de certains d’entre eux, leur rendement est souvent faible.
Très souvent, ils n’ont pas le cœur à l’ouvrage. Leur présence sur le chantier apparaît comme une épreuve ou, tout au moins, un bénévolat forcé. Ce sont nos routes qui en subissent les conséquences. En guise de conclusion, disons que la réhabilitation des routes de desserte agricole est un facteur important de développement.
Autant dire: «pas de route, pas de développement». Par delà la volonté politique apparente de désenclaver les campagnes et d’approvisionner les villes en produits vivriers, la réhabilitation des routes rurales nécessite une série d’engagements allant du suivi des travaux par les autorités publiques à la lutte contre la vente illicite du carburant sur le chantier.
La réussite de la politique actuelle du gouvernement congolais est au prix des efforts à lutter contre les cinq fléaux ici retenus.


LES DONS DES TRACTEURS VONT-ILS ÉCHAPPER AUX LONGS STATIONNEMENTS ET AU GASPILLAGE?
«Pensons avant d’agir. Pensons deux fois avant de parler» (Anonyme)

Les tracteurs accordés à nos territoires pour relancer l’agriculture en milieu rural et endiguer la crise alimentaire suscitent beaucoup d’enthousiasme, démesuré parfois. Mais vont-ils échapper au «chômage» et au «gaspillage»?
Luapula s’interroge.

L’histoire va-t-elle se répéter?
Les tracteurs qui atterrissent dans nos territoires risquent de ne pas échapper à ce triste sort. Ils nous arrivent comme une manne tombant du ciel, sans que nos populations aient été sensibilisées à les utiliser rationnellement. Signalons que le passage d’une agriculture mécanisée n’est pas une sinécure. Il exige absolument une préparation des mentalités.
Longue parfois. Ôter les souches sur un terrain destiné à l’agriculture, par exemple, n’est pas dans les habitudes des paysans de partout.
C’est ne pas non plus une opération facile. Il faut l’apprendre et l’intégrer dans les coutumes agricoles locales. On ne peut le faire en un jour!
En plus de cette sensibilisation primordiale, une formation minimale à l’agriculture mécanisée et à l’utilisation de ses engins nous semble nécessaire. Nos bienfaiteurs ont brulé les étapes.
Il faut des objectifs précis et des stratégies appropriées. Les bénéficiaires doivent prendre part à leur définition, si on veut obtenir de bons résultats.
Il faut aussi y associer un service d’agronomes, que les bienfaiteurs n’ont pas prévu, du moins jusqu’à présent.
Il y a aussi un autre facteur non négligeable : L’organisation paysanne. Il existe, certes, des associations rurales qu’on peut utiliser pour la relance agricole. Seulement voilà, elles ne se rencontrent qu’occasionnellement.
La notion d’organisation, au sens fort du terme, leur échappe. Or, cette organisation est indispensable à la nécessité de la relance agricole. Nous ne connaissons point des champs collectifs.
A part nos rizières, nos champs de maïs, de manioc, de haricot ou de patates sont parsemés dans l’espace et, en plus, situés au bout de sentiers que les tracteurs ne peuvent emprunter. Même alors, les tracteurs auront fort à faire, aller du nord au sud, de l’est à l’ouest...En tout les cas, les champs communautaires pareils aux plantations du coton à l’époque coloniale appelées «paysannats» n’existent pas chez nous.
Il n’est pas évident de les créer du jour au lendemain. En attendant leur création, les tracteurs chinois égrèneront quelques mois de stationnement. Ou bien, ce sont les plus organisés des villageois, comme les petits commerçants, qui vont en tirer profit. Ce n’est pas tout.

Quelles garanties?
Enfin, Luapula-Moero trouve que les habitants du monde rural manquent beaucoup de garanties dans cette fameuse relance agricole.
Nous n’en retiendrons que deux, les plus indispensables. Primo, à supposer que la production augmente, comment et où les paysans vont-ils écouler leurs produits? Qui se porte garant de les acheter dans le meilleur délai, à des prix intéressants, c’est-à-dire capables de les aider à satisfaire leurs besoins primordiaux et de leur fournir les produits manufacturés dont ils ont besoin ? Quoique les routes en viennent à être réhabilitées, qui transportera ces produits vers la ville, de telle sorte que les paysans en tirent un peu de bénéfice? Il y a quelques années le nord Katanga a vu des montagnes de maïs pourrir en gare, faute de moyens de transport vers les grands centres. Apparemment, les choses n’ont pas beaucoup changé. À cet égard, la santé économique de la SNCC (Société nationale des chemins de fer du Congo) donne des inquiétudes bien justifiées.
Secundo, il nous emble que pour être attrayant et stimulant, le programme de la relance agricole devait s’accompagner, sinon s’associer à des sous-programmes répondant aux aspirations des paysans. A notre avis, il gagnerait à proposer en même temps un système d’acquisition de semences, de microcrédit ou d’amélioration de l’habitat pour séduire un grand monde. Sans avoir la prétention d’être économiste, il sied de miroiter quelque chose de durable au bout des efforts que nécessite l’utilisation des tracteurs dans le monde rural. Dès lors, il faut plus que la bonne foi de nos bienfaiteurs. Que conclure?
L’atterrissage de tracteurs dans les territoires de la RDC est un immense espoir pour éradiquer la crise alimentaire qui s’annonce. Le sol congolais est une ressource agricole formidable. Cependant, pour le mettre en valeur et obtenir des résultats satisfaisants, la présence des tracteurs doit remplir certaines conditions.
Nous avons tenté d’en indiquer quelques-unes et de poser des questions qui s’imposent. Le pari agricole est un enjeu. Il faut le gagner à tout prix, pour ne pas tomber dans les pièges de simples slogans, comme pendant le deuxième République.

La rédaction